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January 24 2011
Les cyber-activistes arabes face à la liberté sur Internet made in USA
Cet article se concentre sur le cyber-activisme de base dans le monde arabe et les risques encourus d’une collision inévitable avec la politique étrangère et les intérêts US. Il résume l’essentiel des discussions que j’ai eues, ces deux dernières années, avec de multiples acteurs engagés dans la défense de la liberté d’expression sur Internet et dans l’utilisation de la technologie pour le changement social et politique. Bien que le sujet principal demeure l’activisme numérique arabe, j’y ai inclus les problématiques et inquiétudes similaires soulevées par des activistes et défenseurs de la liberté d’expression sur Internet issus d’autres parties du monde comme la Chine, la Thaïlande et l’Iran.
Ce document part donc de l’hypothèse que l’engagement privé – des entreprises – et public – de l’administration – US dans le mouvement pour la liberté sur la Toile est dangereux pour cette même liberté. J’éclairerai les raisons pour lesquelles je considère ce nouveau contexte comme étant extrêmement dangereux pour le mouvement des cyber-activistes de base.
Pour beaucoup de gens hors des USA, et pas seulement dans le monde arabe, le mantra de la liberté sur la Toile, diffusé à partir de Washington DC, n’est qu’une couverture pour des agendas géopolitiques stratégiques. Cette politique de la liberté sur Internet ne s’appliquera pas dans un vacuum. Elle se déploiera en premier lieu en fonction de la politique étrangère et des intérêts usaméricains et occidentaux ; autrement dit, elle continuera de projeter les mêmes priorités occidentales. Le fait que les gouvernements US et occidentaux agissent comme des acteurs majeurs dans le domaine de la liberté sur internet pourrait présenter un réel risque pour les activistes qui acceptent leurs soutiens et leur financements. Beaucoup de gens perçoivent l’hyperpolitisation du mouvement cyber-activiste et une appropriation de ses « succès » pour atteindre des objectifs géopolitiques usaméricains comme le « baiser de la mort ». Le pire des scénarios possibles serait que le financement occidental et l’hyperpolitisation pourraient aboutir à une altération brutale de l’espace du cyber-activisme actuel pour laisser émerger un « cyber-activisme parallèle », totalement déconnecté du contexte arabe local. Il faut aussi souligner à quel point le mouvement pour la liberté d’expression sur le net est hypocrite et inéquitable quand il s’agit de soutenir la liberté de blogueurs-et de cyber-activistes en danger.
En mettant la liberté d’Internet au centre de leur agenda de politique étrangère, les USA seront peu disposés à s’engager dans une action qui pourrait mettre en danger la « stabilité » de l’ordre dictatorial dans le monde arabe. Et puisqu’il est irréaliste de voir les gouvernements usaméricain et occidentaux quels qu’ils soient œuvrer agressivement pour encourager la dissidence politique contre leurs alliés arabes les plus proches, comme ils le font pour l’Iran et de la Chine, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre le risque que la liberté d’Internet soit potentiellement prise en otage par de puissants acteurs dans le but de servir des agendas géostratégiques qui ne sont même pas en notre faveur, ce qui serait proprement désastreux.
Ce qui m’inquiète en particulier, c’est que est que chaque pont construit entre le gouvernement US et des centres de recherches US et des ONG travaillant sur les thèmes de la liberté de l’Internet et du cyber-activisme, aboutira à la destruction d’un nombre déjà existant de ponts connectant ces mêmes ONG et centres de recherche aux activistes et blogueurs du monde arabe et du Moyen-Orient. Et si la dynamique de la politique étrangère usaméricaine ne change pas, les activistes – surtout ceux originaires de pays exclus – continueront à la considérer comme une politique hypocrite cherchant à les utiliser et instrumentaliser leurs causes pour son propre agenda ou simplement à usage interne.
Les risques directs pour le cyber-activisme dans le monde arabe, dans sa phase de développement actuel, sont donc énormes et doivent donc être discutés et traités. Cet article constitue une modeste tentative de définir des stratégies possibles pour l’avenir d’un cyber-activisme arabe, populaire et indépendant, et une tentative pour mieux comprendre comment naviguer sur le nouvel échiquier politique du 21ème siècle.
Les cyber-activistes : de nouveaux acteurs du changement
Comblant le fossé que les médias traditionnels et organisations de défense des droits humains ont laissé ouvert, le mouvement cyber-activiste s’est imposé, avec ses réussites et ses échecs, comme un acteur dynamique de changement, façonnant une portion relativement importante de l’opinion publique (du moins les connectés et lettrés), tout en évoluant dans un cyberespace qui semble mieux à même de résister aux tentatives des gouvernements de le contrôler comme ils l’ont fait pour les moyens traditionnels d’organisation et de communication.
Force est de constater qu’aucune des campagnes et initiatives numériques, concernant des sujets délicats, les plus réussies et qui ont marqué le cyberespace par des démarches innovantes et créatives n’a a été financée par des institutions occidentales (gouvernements, agences, bailleurs de fonds). Contrairement aux initiatives actuellement financées par les USA, ces initiatives pionnières avaient les caractéristiques suivantes :
- La nécessité: dans le monde arabe, l’utilisation d’outils numériques pour le changement social et politique n’était pas motivé par un intérêt médiatique ou professionnel. Au contraire, elle était le résultat de besoins émanant d’un fort engagement dans la défense des droits humains. Ces besoins sont le résultat direct d’un environnement autoritaire établi et de l’absence d’un espace ouvert où les militants auraient pu exercer leur citoyenneté. L’activisme en ligne a été “inventé” et s’est développé à cause de la nécessité de combler l’écart béant laissé par les acteurs traditionnels de la société civile.
- L’indépendance: Le territoire du cyber-activisme dans le monde arabe est l’un des plus décentralisés, des moins structurés, et dont la dynamique de changement est axées sur des problématiques locales et populaires. Par conséquent, même la plupart des ONG locales et des partis d’opposition ayant une maîtrise des outils internet, ont un sérieux problème pour “l’infiltrer” ou l’exploiter pour leur propre bénéfice. Ceci a rendu le mouvement, indépendant, attractif et résistant à toute forme de contrôle. Mais l’indépendance ne signifie pas nécessairement la déconnexion ou l’isolement. Beaucoup de cyber-militants dans le monde arabe collaborent avec des partis ou mouvements d’opposition. La grande majorité de ces militants sont également reliés les uns aux autres, ils interagissent et collaborent lors d’événements majeurs et se rassemblent pour se soutenir mutuellement dans leurs campagnes et pour leur causes. Ils sont reliés ainsi au mouvement du cyber-activisme mondial à travers les circuits de conférence et des rencontres physiques. Il faudra ajouter à cela la forte capacité de réseautage que les plateformes de réseaux sociaux ont intégré dans leur activité quotidienne sur le web. Les cyber-activistes agissent, réagissent et interagissent dans un contexte militants à plusieurs niveaux: local, régional, panarabe et global. Enfin, il est à noter que les campagnes les mieux réussies en faveur de blogueurs menacés ou emprisonnés sont menées par des militants indépendants appartenant a des réseaux informels. Ils jouent un rôle clé dans ce domaine.
- La complexité: Alors qu’il paraît facile à saisir, le cyber-activisme est un mouvement complexe à facettes multiples, qui varie fortement d’un pays à l’autre, et qui change tout le temps. Il est toujours en évolution en adoptant de nouveaux outils et tactiques et par une adaptation constante de ses stratégies de résistance et d’action.
Toutes ces caractéristiques ont rendu le cyber-activisme arabe vulnérable à une multitude de défis. D’une part, son indépendance et d’autres caractéristiques peuvent conduire à une crise structurelle et financière menaçant son avenir même. Arrivé à un certain degré, et par pure nécessité, le cyber-activisme, basé sur le volontariat, pourrait chercher à adopter une approche professionnelle qui requiert des ressources. Les stratégies de résistance anti-censure ne peuvent pas battre une police de l’Internet sophistiquée et déterminée. Les capacités de sécurité d’un amateur ne peuvent pas tenir tête aux attaques sophistiquées du type attaque par déni de service ou piratage. Les techniques de cryptage et les mesures de sécurité sont totalement inutiles quand les mots de passe et autres données sensibles sont extraits par le biais de la torture et des menaces. D’autre part, sa complexité a rendu difficile pour les acteurs étrangers impliqués dans le cyber-activisme, que ce soit par le financement, le renforcement des capacités ou un appui logistique, de mettre en œuvre une politique qui prenne en compte la complexité spécifique de chaque pays lors de la conception ou de l’exécution de programmes ciblant la région tout entière.
Ces caractéristiques de départ sont sur le point de changer grâce à une multitude de facteurs et d’acteurs nouveaux, qui doivent être assimilés afin d’éviter que le cyber-activisme dans le monde arabe perdre sa caractéristique la plus authentique et précieuse qui est son autonomie. La question existentielle est de savoir comment surmonter ces défis et préserver son indépendance tout en répondant aux besoins de la construction d’un espace cyber-activiste dynamique, efficace et solide.
Comme la liberté de l’Internet et le cyber-activisme deviennent politiquement à la mode avec une rhétorique et des théories du changement délirantes, beaucoup d’argent est dépensé par des gouvernements sur ce « nouveau Colorado du changement ». Pour de nombreux gouvernements, ONG et fournisseurs et promoteurs d’outils de contournement, cette situation constitue une occasion sans précédent de mettre en avant leurs propres agendas, de mieux adapter leurs stratégies de relations publiques en fonction de la dynamique du moment ou simplement pour collecter plus d’argent.
Coincés entre des régimes autoritaires engagés dans une répression agressive, le filtrage de l’Internet et la surveillance d’une part, et une attention croissante de autorités publiques occidentales et des ONG associées d’autre part, les cyber-activistes et défenseurs de la liberté d’expression sur le net dans le monde arabe passent à travers un des phases les plus difficiles de leur courte histoire et qui pourrait modifier leur écosystème de façon dramatique. Le nombre d’ateliers et conférences organisés par des USA et ONG occidentales ciblant les blogueurs et les militants arabes a augmenté de façon spectaculaire au cours des dernières années au point que nul ne peut prévoir avec précision les conséquences de ces activités sur la nature du cyber-activisme arabe.
Un nouveau contexte
Au cours de son discours “Remarques sur la liberté d’internet” du 21 janvier 2010, la secrétaire d’État usaméricaine Hillary Clinton a élevé la liberté de l’Internet au rang de priorité de politique étrangère de la nouvelle administration Obama. Deux mois avant ce discours, en novembre 2009, Mme Clinton a annoncé le lancement de l’initiative société civile 2.0 qui aidera les organisations indépendantes à travers le monde à utiliser la technologie numérique, “attribuant 5 millions de dollars de subventions à des programmes pilotes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord qui permettront d’accroître les nouveaux médias et les capacités de mise en réseau des organisations de la société civile ».
Certes, les USA ne sont pas le seul gouvernement qui s’emploie à intégrer la liberté de l’internet dans sa politique étrangère. De plus en plus de gouvernements européens suivent déjà leurs traces, avec le travail conjoint des ministères des affaires étrangères des Pays-Bas et de la France sur un code de conduite sur la liberté d’internet. Ils planifient la tenue d’une réunion ministérielle en octobre prochain pour travailler sur leur plan de soutien aux “cyberdissidents”. “Nous devons soutenir les cyber-dissidents de la même manière que nous avons soutenu les dissidents politiques“, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
En outre, les grandes sociétés américaines d’Internet comme Google, Yahoo, Twitter sont enclines à se convaincre de la valeur de la liberté d’Internet ; leurs intérêts tendent parfois à coïncider avec ceux de l’administration usaméricaine. Google travaille actuellement avec des responsables usaméricains et européens pour monter un dossier qui rendrait la censure d’Internet, un obstacle au commerce. Depuis sa débâcle en Chine, Google a été la société la plus virulente en matière de liberté d’internet. « Notre objectif est de maximiser la liberté d’expression et l’accès à l’information [...] C’est une partie très importante du business pour nous », a déclaré Bob Boorstin, Directeur de la Communication à Google et ancien rédacteur de discours de l’administration Clinton.
Entre les 20 et 22 Septembre 2010, Google organise une conférence intitulée « Internet Liberty 2010 » à Budapest, en invitant les militants, les blogueurs, les ONG, les chercheurs, les gouvernements et les représentants d’entreprises. “La conférence a pour but d’explorer de nouvelles méthodes créatives pour repousser les limites à la liberté d’expression en ligne, la relation complexe entre la technologie, la croissance économique et les droits humains; les façons dont les dissidents et les gouvernements utilisent l’Internet, le rôle des intermédiaires de l’Internet, ainsi que des questions juridiques et politiques pressantes comme la protection de la vie privée et la cyber-sécurité. » A cette occasion, l’initiative « Réseau des Blogueurs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord » sera lancée par le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), basé à Washington DC, et plus ou moins associé au Parti Démocrate US. Le lancement, le 23 Septembre, d’un « Réseau des Bloggeurs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord » par une ONG basée à Washington, via son initiative Aswat lors d’un événement organisé par Google et auquel assisterons les gouvernements US et occidentaux et des représentants d’entreprises, est exactement le genre d’intervention que nous devons éviter.
L’autre question préoccupante est la «porte tournante invisible entre la Silicon Valley et Washington”, pour reprendre l’expression d’Evgeny Morozov, puisque de nombreux représentants du département d’État travaillent pour Big Web Industry, alors que quatre employés de Google sont allés travailler dans l’administration Obama. L’exemple le plus récent est celui de Jared Cohen, le technopraticien et spécialiste de l’utilisation de la technologie pour promouvoir les intérêts des USA, la lutte contre le terrorisme et la lutte contre la radicalisation, qui a servi comme membre du bureau de planification des politiques publiques du Département d’État sous les deux administrations Bush et Obama, et qui vient de quitter son poste pour diriger un nouveau département à Google appelé « Google Ideas ». Jared Cohen est celui qui est intervenu en Juin 2009 pour garder en ligne Twitter et retarder ses travaux d’entretien réguliers afin de maintenir le tweeting des Iraniens au cours des manifestations post-électorales.
Ce même Twitter cherche également à embaucher un agent de liaison à Washington DC dont la tâche sera d’aider Twitter « à mieux comprendre ce qu’il faut faire afin de mieux servir les candidats et les décideurs au-delà des clivages géographiques et politiques ». Le 9 juillet 2010, Katie Stanton, qui a travaillé pour Google en 2003 et pour l’administration Obama en tant que «Directeur de la participation citoyenne» en 2009, a rejoint Twitter, où elle va travailler sur les stratégies économiques et internationales.
Comme l’a dit Jared Cohen lors de son discours sur l’utilisation par Département d’Etat des nouvelles technologies et l’innovation dans la pratique de la diplomatie : « chaque université, chaque entreprise du secteur privé, est de facto un think-tank et un partenaire stratégique en ce qui concerne la technologie et l’innovation et leur pertinence et application en politique étrangère [...] ils n’ont qu’à lever la main et dire “nous voulons nous impliquer”.»

Le nouveau contexte est que les cyber-activistes, en particulier ceux du Moyen-Orient, attirent de plus en plus l’attention des agences usaméricaines, des ONG qui y sont associées, de centres de recherche, d’universités et d’entreprises en ligne. De nombreux militants et de blogueurs du monde arabe ont aidé les centres de recherche, tels que le Centre Berkman, dans la traduction, la navigation, la compréhension et la cartographie du Web et de la blogosphère arabe. L’exemple le plus pertinent en l’espèce pourrait être la carte de la blogosphère iranienne et la carte de la blogosphère arabe, tous deux produits par John Kelly et Bruce Etling du projet Internet et Démocratie du Centre Berkman, ce dernier étant parrainé par une subvention de 1,5 millions de dollars de l’Initiative de Partenariat du Moyen-Orient du Département d’Etat.

La carte de la blogosphère arabe

La carte de la blogosphère iranienne
Si nous regardons de plus près les catégories utilisées dans cette recherche pour définir et étiqueter la blogosphère, nous constaterons qu’elle s’est attachée à comprendre et cartographier les voix «extrémistes», «terroristes» et «islamistes» dans la blogosphère arabe. John Kelly, du Centre Berkman pour l’Internet et la Société à la Harvard Law School, qui a participé à la cartographie des blogosphères arabe et persane, a reconnu dans un e-mail répondant aux critiques exprimées par certains blogueurs arabes concernant la carte : “nous avons écrit quelque chose qui sera lu par une foule de DC[Washington, NdT] orientée sur la politique, et entre autres, des parties de l’étude sont naturellement dans un langage qui est codé dans les termes utilisés dans le débat là-bas ». Parlant de la cartographie des réseaux de blogueurs lors d’une conférence à l’Institut américain pour la paix le 8 janvier 2009, John Kelly a insisté sur la nécessité de « penser à nourrir et façonner ces réseaux quand ils sont petits, dans la mesure où ils grandissent très vite ». Tout cela est bien sûr destiné à façonner le développement des médias en ligne pour promouvoir la diplomatie usaméricaine.
Lorsque le Sénat usaméricain a adopté la Loi pour les victimes de la censure iranienne (VOICE) attribuant 30 millions de dollars au Broadcasting Board of Governors pour développer la radiodiffusion en langue persane vers l’ Iran et contrer les efforts de brouillage iraniens, 20 millions de dollars pour “l’éducation électronique iranienne, l’échange, et des fonds pour les médias”, qui aidera les Iraniens à contourner la censure de l’internet et leur permettre de partager des informations en ligne, et 5 millions de dollars pour le Département d’État US afin de documenter les violations des droits qui ont eu lieu depuis les élections de 2009, mon cher ami Rob Faris, directeur de recherche au Centre Berkman aurait déclaré « Vous êtes en train de vous engager dans la cyber-guerre, du côté des bons. » Le fait que nos amis du Berkman Center sont en train d’adopter la rhétorique des “bons gars contre les méchants” montre le danger de ce contexte nouveau dont les frontières sont devenues floues.
L’évolution la plus inquiétante, en ce qui concerne cette question, est de mettre les connaissances et les données recueillies en partie par des cyber-militants indépendants et des blogueurs, vie leur collaboration avec les centres de recherche et des ONG usaméricains, entre les mains d’une foule de DC orientée sur la politique afin de favoriser les intérêts usaméricains ou la cyber-guerre dans le monde.
Lorsqu’on voit des gens comme mes amis John Kelly et Ivan Sigal, directeur exécutif de Global Voices, prenant part à une conférence à l’Institut de Paix Américain, le 8 janvier 2009, avec le général commandant du CENTCOM David Petraeus, et de nombreux autres responsables US, et partageant leurs connaissances sur la blogosphère et le rôle des médias sociaux dans la région, alors que l’événement est largement axé sur la recherche de «solutions non-militaires » aux défis cruciaux de politique étrangère auxquels fait face l’administration US, nous ne savons même plus comment la connaissance générée par les blogueurs, les auteurs bénévoles et les militants est utilisée et à quelles fins. La présence de mon ami estimé Ethan Zuckerman lors d’une conférence sur les cyberdissidents organisée par l’Institut George W. Bush, même si Ethan a une position politique différente, a également été perçue par beaucoup comme un mauvais calcul.
Et c’est ce qui rend la situation difficile et inconfortable pour nous tous. Bien qu’il soit tout à fait normal et habituel pour un citoyen USaméricain d’assister à un tel événement et même de collaborer avec son gouvernement ou de témoigner à l’audience du Congrès et d’offrir son expertise, il sera beaucoup plus difficile pour les militants non-usaméricains d’accepter de collaborer avec les ONG, les centres de recherche ou des fournisseurs / promoteurs des outils de contournement, qui sont parrainés par le gouvernement usaméricain et qui partagent leurs connaissances et données avec les décideurs des USA, les commandants militaires, les services de renseignement, etc. De fait, chaque étape franchie dans le sens d’une collaboration plus étroite avec le gouvernement US finira par affaiblir les centres de recherche usaméricains et la position des ONG dans le domaine mondial de la liberté de l’Internet.
Je ne remets pas en cause ici le droit des USA ou tout autre régime d’utiliser la liberté d’Internet comme outil de diplomatie ou comme moyen brutal de changement de régime qui serve ses propres intérêts, cela relève du domaine politique par excellence. Mais, dans ce nouveau contexte marqué par les efforts publics et privés pour adopter la liberté de l’internet comme outil de politique étrangère, que ce soit par la recherche, la cartographie, la traduction, le soutien ou le financement, les cyber-militants dans le monde arabe ont peut-être besoin d’être plus prudents et sceptiques sur la façon de faire face à cet espace et à repenser aux partenaires avec lesquels ils peuvent travailler et collaborer au mieux. Alors maintenant, quand nous voulons collaborer avec un centre de recherche ou une ONG pour répondre à une enquête, ou collaborer à un projet de crowdsourcing*, ou aider à traduire un texte ou un outil, ou donner un éclairage contextuel de certains sujets, ou recommander à des militants et des blogueurs d’assister à une conférence, on peut se demander si nous ne sommes pas en train de collaborer avec le gouvernement US via ces “proxies”.
1. La politique US de liberté d’internet n’est pas crédible. Pourquoi ?
Au cours d’une conversation lors du sommet de Global Voices sur le thème “Internet et Libertés”, menée par Ethan Zuckerman et Rebecca MacKinnon, Ethan m’a demandé « s’il y avait à mon avis une quelconque manière pour que le gouvernement US puisse avoir une influence bénéfique sur l’espace de liberté de l’internet » et ma réponse a été :« Non. Je préfère qu’ils restent hors champ ». Ma réponse est entraînée par trois considérations importantes. Comme je l’ai dit, je ne vois pas la nouvelle politique de la liberté de l’internet comme indépendante de la plus large et bien plus ancienne politique étrangère US, qui a été fondée sur des considérations pratiques plutôt que sur de considérations éthiques et morales telles que le soutien aux droits humains. Comme nous le savons tous dans cette partie du monde, au nom d’une realpolitik à court terme, Les USA apportent leur soutien à toutes sortes de dictatures au détriment des mouvements et aspirations démocratiques et réformistes.
La longue tradition des USA et de l’Occident de soutien à ces régimes vient de la crainte qu’une réforme démocratique de quelque genre que ce soit dans le monde arabe déboucherait sur des régimes encore pires que ceux en place, lesquels fournissent un certain niveau de «stabilité» et garantissent les intérêts usaméricains et occidentaux. Beaucoup de dictateurs arabes, qui ont dirigé des régimes arabes soi-disant « modérés » depuis des décennies, pratiquement sans opposition, et parmi eux quelques autocrates vieillissants qui orchestrent désormais une succession «constitutionnelle» leur permettant de maintenir leur domination absolue, sont considérés comme des alliés, et bénéficient donc d’un soutien financier et moral des USA et des gouvernements occidentaux en dépit de leurs scores horribles dans le domaine des droits humains.
Cette même politique étrangère hypocrite se manifeste visiblement par le soutien sélectif et incohérent et l’attention que le gouvernement US, les entreprises d’internet, les médias traditionnels et citoyens de l’Occident, et, malheureusement, une partie importante des militants de la liberté d’expression, des centres de recherche, et des fournisseurs d’outils de contournement, porte à l’initiative de la liberté de l’Internet. L’accent est mis fortement sur le contrôle de l’Internet dans les pays posant de sérieux défis géostratégiques à l’Occident, avec une préférence pour l’Iran et la Chine et en oubliant les États alliés ou “dictatures amies”, qui entretiennent des liens étroits avec l’Occident, tels que l’Égypte, l’Arabie saoudite et les États du Golfe.
Comme l’a dit avec éloquence le le journaliste Rami Khoury dans sa tribune du New York Times “Lorsque les Arabes tweetent“:
“On ne peut pas prendre au sérieux les USA ou tout autre gouvernement occidental qui financent l’activisme politique de jeunes Arabes alors qu’ils fournissent simultanément des fonds et des armes qui aident à consolider le pouvoir des gouvernements arabes, ceux-là mêmes que ciblent les jeunes activistes qui veulent le changement.”
Même si je ne partage pas la plupart des conclusions de Khoury sur le bilan du cyber-activisme dans le monde arabe – un domaine que j’ai suivi de très près ces dix dernières années – je suis d’accord avec l’argument cité ci-dessus : les USA ne peuvent pas être considérés comme crédibles dans leur nouvelle croisade pour la liberté de l’Internet tant qu’ils conservent la même politique étrangère qui est, aux yeux de nombreux spécialistes des affaires arabes et des militants, hypocrite et anti-démocratique.
L’éminent blogueur égyptien et cyber-activiste Alla Abd El Fattah fait une remarque similaire. Alaa m’a dit dans une interview pour cet article :
“ Pour la plupart des Égyptiens, le soutien présumé au cyber-activisme fourni par le gouvernement, les entreprises et structures non-lucratives US est, au mieux, inapproprié. Pour commencer, l’intérêt et l’engouement pour ce qui se passe dans le Sud [du monde, NdE] est très sélectif. Par exemple, les dizaines de milliers de travailleurs égyptiens organisant des grèves d’usine et posant le plus grand défi pour le régime de Moubarak à l’heure actuelle sont totalement ignorés par les médias et les décideurs. Il n’est pas question ici de slacktivisme [cyber-activisme consistant à se donner bonne conscience, sans conséquences pratiques, NdE]. Ces ouvriers utilisent les blogs, Facebook, les SMS et YouTube pour organiser, mobiliser, et faire connaître leurs actions et leurs revendications. Le cyber-activisme fait partie intégrante du quotidien de leur mouvement. Et même lorsque le Département d’État note l’existence d’un activisme, son intérêt et son «soutien» peuvent faire plus de mal que de bien. Tu vois, on remarque combien les USA soutiennent les régimes «modérés» qui prennent plaisir à nous torturer. Et obtenir de l’aide du même gars qui finance la police, l’armée, les médias, la propagande d’État et la corruption est tout simplement mauvais pour la crédibilité d’un cyber-activiste (sans parler de ce que la plupart d’entre nous pensent de l’occupation de l’Irak ou du “soutien inconditionnel » des USA à Israël). Si le gouvernement US est vraiment intéressé à la démocratie dans le monde arabe, il devrait cesser d’envoyer des aides aux dictatures, et juste dégager.”
De Thaïlande, CJ Hinke, fondateur de l’un des groupes anti-censure les plus actifs depuis 2006, la Liberté contre la censure en Thaïlande (FACT), tire les mêmes conclusions dans un échange de courriels avec moi :
“Le gouvernement usaméricain a manifesté un intérêt de pure forme pour la liberté sur Internet. Pendant qu’ils blablatent, je ne suis pas sûr qu’ils passent aux actes. Passer aux actes va bien au-delà de l’allocation simple de millions pour des activités soi-disant d’« anti-censure ». En Thaïlande, toutes les ONG sont financées par l’étranger et, dans une certaine mesure, se financer par de l’argent d’État d’où qu’il vienne peut porter atteinte à la crédibilité et l’autonomie. D’autre part, les USA financent un grand nombre de voix très importantes, comme Reporters sans frontières. Il n’y a presque pas d’intérêt à financer les efforts thaïlandais en faveur de la liberté d’expression parce que, contrairement à l’Iran ou la Chine, la Thaïlande n’est pas considérée comme un important censeur, malgré le fait que 210.000 sites ont été censurés pendant les six mois de loi martiale.”
Nasser Weddady, de la Mauritanie, responsable de la promotion des droits civils à HAMSA AIC, a aussi blogué sur les problèmes posés par le financement étranger du cyber-activisme arabe (voir aussi le post de Jillian York) et a organisé un atelier à ce sujet au cours de notre Réunion des Blogueurs Arabes de 2009 à Beyrouth. Nasser affirme dans une interview pour cet article :
“Il y a un énorme manque de crédibilité des USA et d’autres gouvernements occidentaux par rapport à leur politique déclarée de soutien au cyber-activisme dans le monde arabe. Pour le meilleur ou le pire, ces gouvernements croient qu’ils sont sensibles aux besoins des cyber-dissidents arabes, et les dissidents arabes en ont assez de l’impact des financements étrangers sur leur crédibilité dans leurs sociétés. Ce n’est pas seulement dû aux thèmes traditionnels du mécontentement vis-à-vis de la politique étrangère de l’Occident, mais aussi parce que dans de nombreux pays arabes, recevoir un financement direct d’un gouvernement étranger peut conduire à une répression conduite par ces mêmes gouvernements qui sont en fait alliés aux USA comme par exemple l’Arabie Saoudite.”
Quoi qu’il en soit, il semble que les responsables américains ne sont pas tout à fait conscients de ces préoccupations et griefs. Lors de son discours déjà mentionné sur la liberté de l’Internet, la secrétaire d’État Hillary Clinton a déclaré que « ces technologies sont neutres dans la lutte pour la liberté et le progrès. Ce n’est pas le cas des USA. ». Et je pense que nous savons tous que les USA prennent effectivement fait et cause dans notre région en soutenant nos autocrates arabes et nos républiques dynastiques. Nous savons aussi à quel point la déclaration faite par Jared Cohen est incorrecte lorsqu’il dit : « nous n’avons pas une politique de liberté de l’internet envers un pays ou un autre, nous avons une politique mondiale de la liberté de l’Internet, nous appuyons les efforts visant à contourner la censure politiquement motive au niveau mondial ».
Mais ma chère amie et collègue Oiwan Lam, chercheuse et militante pour la liberté d’expression à Hong Kong, a une vue différente de celle présentée par Jared Cohen:
“Je pense que le gouvernement US ne réfléchit pas suffisamment sur la liberté sur Internet. En réalité, beaucoup de mauvaises pratiques ont commencé aux USA, comme la surprotection des droits d’auteur, la surveillance des internautes et l’enregistrement obligatoire de l’IP sous prétexte du terrorisme. Dans son discours sur la liberté du net, Clinton a pointé du doigt la Chine en raison de l’incident de piratage de Google. Il est vrai que la Chine est un État autoritaire, qui applique toutes les mesures pour supprimer toute organisation en ligne et contrôler la liberté d’expression. Toutefois, en la mettant à part, les pays occidentaux montrent leur hypocrisie. De nombreux États démocratiques contrôlent de façon assez rude la liberté d’expression. La Corée du Sud est le premier pays à appliquer l’enregistrement du vrai nom de l’internaute, Singapour poursuit en justice pour diffamation quiconque critique le gouvernement en ligne. Et comme je l’ai dit, le gouvernement US est également à l’origine de nombreuses pratiques abusives. Comme le gouvernement US, Google a choisi de pointer la Chine de sa campagne pour la liberté de l’internet. À mon avis, les principales menaces pesant sur les usagers à l’échelle mondiale sont le copyright, les poursuites pour diffamation, la protection de la vie privée, le nouveau modèle de monopole, le manque de transparence et la responsabilisation des fournisseurs d’accès dans le retrait de contenus mis en ligne par des utilisateurs etc.”
2. L’espace de la liberté d’expression en ligne montre déjà sa face hypocrite et l’implication des USA n’améliorera pas les choses. Pourquoi ?
Les cyber-activistes et militants pour la liberté d’expression dans d’autres pays que la Chine et de l’Iran, reçoivent de très mauvais signaux du mouvement mondial pour la liberté d’expression en ligne. L’attention accordée par les gouvernements étrangers, médias, centres de recherche, promoteurs et fournisseurs d’outils de contournement et même par les cyber-activistes pour la liberté d’expression aux pays les plus « sexy » engagés dans le contrôle et la répression de l’Internet, a réduit presque à néant l’attention portée à tous les autres pays.
Ceci ne veut pas dire que les blogueurs et les militants menacés en Iran et la Chine ne méritent pas une telle attention. Chaque blogueur mérite d’être soutenu et toutes les voix réduites au silence doivent être entendues. Le problème réside dans le traitement préférentiel et asymétrique qui entraîne une concentration de la couverture médiatique internationale de la menace posée à la liberté d’expression en ligne sur deux cas majeurs, l’Iran et la Chine. Ce qui pose la question de savoir pourquoi l’Iran et la Chine sont une priorité plus élevée pour plusieurs acteurs majeurs que, disons, l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Vietnam et bien d’autres régimes répressifs?
Pour les blogueurs et les militants en danger, vivant sous des régimes arabes soutenus par les USA, cette question est plus que légitime. Mais aux oreilles de la « foule du DC orientée ssur la politique», le simple fait que nous posions cette question sonnerait comme une énième théorie de la conspiration émanant d’ un autre sceptique « angry Arab » [Arabe en colère, allusion au célèbre blog du Professeur As’ad Abukhalil, NdE].
En réponse à mes inquiétudes concernant l’agenda de la liberté de l’internet des USA, qui se concentre sur des États « sexy » comme la Chine et l’Iran tout en ignorant la répression en ligne qui a lieu en Tunisie, en Syrie, au Vietnam et dans beaucoup d’autres pays moins sexy, Bob Boorstin, Directeur de la communication à Google et ancien fonctionnaire du gouvernement US, a qualifié mes préoccupations de « paranoïaques », tout en reconnaissant que les USA « accordent plus d’attention aux pays dotés d’armes nucléaires qu’à ceux qui n’en ont pas ».
Ainsi, quand Bob Boorstin souligne l’importance des «armes nucléaires» pour expliquer pourquoi les USA concentrent leur politique de la liberté de l’Internet sur certains pays plutôt que sur d’autres, nous savons tous de quel pays il parle et pourquoi. Nous ne savons en revanche pas quel est le rapport que cela a avoir avec notre sujet central (la liberté d’internet) que Google défend actuellement de façon agressive ? Ce genre de déclaration d’un administrateur de Google ne fait que confirmer le fait qu’il ne s’agit pas de la liberté de l’Internet, mais d’une nouvelle bataille géostratégique, dans laquelle le thème de la liberté d’expression en ligne est détourné dans le but d’appuyer les intérêts stratégiques usaméricains.
1. La liberté en ligne pour tous ? Pas vraiment !
Dans un article publié sur Global Voices en avril 2007, j’ai soulevé la question de savoir pourquoi certains blogueurs et cyber-activistes emprisonnés et persécutés étaient en train de gagner la sympathie des médias occidentaux, tandis que d’autres ont des difficultés à attirer leur attention. Depuis cette date, je ne pense pas qu’il y ait eu des améliorations dans cette situation, due à ce que certains qualifient de deux poids deux mesures, pour ce qui est de la défense des blogueurs et des cyber-activistes. Bien que nous ayons travaillé dur à Global Voices Advocacy (Groupe de plaidoyer de Global Voices) sur notre projet collaboratif de cartographie pour construire une base de données sur les Voix Menacées (qui soit dit en passant ne prétend pas être exhaustive ni répertorier tous les blogueurs menacés), nous assistons encore à la même inébranlable “compassion sélective” réservée à certains blogueurs dans certains pays, beaucoup plus attractifs dans les médias que la grande majorité des voix réprimées. L’exemple le plus récent de black-out autour de la répression des libertés, avec l’arrestation à Bahreïn de l’un des blogueurs et cyber-activistes les plus inspirants, Ali Abdulemam, est là pour nous rappeler quel type de politique usaméricaine est réservé aux cybera-ctivistes libéraux arabes dans le cadre de son appui au régime de Bahreïn, qui accueille la Vème Flotte de l’US Navy. Pour l’instant, l’administration Obama est très occupée avec le plus grand contrat d’armement avec l’Arabie saoudite voisine. Un accord 60 milliards de dollars rendra presque impossible pour les USA d’exprimer LEUR soutien à l’activiste, au moment où l’Arabie Saoudite et les autres États membres du Conseil de coopération du Golfe soutiennent Bahreïn dans sa répression de l’opposition.
Il suffit de regarder le nombre d’éditoriaux dans les médias américains et occidentaux traitant de la répression contre les blogueurs iraniens et chinois et de les comparer avec l’absence ou la sous-couverture réservée aux blogueurs et cyber-activistes arabes de pays alliés. En outre, le nombre de bourses qui ont été octroyées aux cyber-activistes et blogueurs iraniens, depuis les élections contestées de 2009 est étonnamment élevé. En mars 2010, à l’occasion de la Journée mondiale de la censure sur internet de Reporters Sans Frontières, le vice-président de Google, David Drummond, qui avait soutenu le “prix Netizen” de Reporters sans frontières, a déclaré lors de la cérémonie de remise du prix attribué au blog de défense du droit des femmes, we-change.org, que l’Iran et la Chine présentent “le risque le plus systémique et le risque le plus immédiat pour les personnes” en réprimant la dissidence en ligne.
Et même si la Chine et l’Iran sont véritablement indexés sur notre plateforme des Voix Menacées, il est également clair que la région la plus répressive est celle du monde arabe, enregistrant 41% des cas de menaces envers les blogueurs et cyberactivistes. Ironiquement, la plupart des arrestations pour raisons politiques de blogueurs et de cyber-activistes ont lieu dans les pays arabes alliés aux USA.

Sur les 253 blogueurs en danger recensés par Global Voices en août 2010, 103 étaient arabes.
Nasser Weddady, qui a été impliqué dans de nombreuses campagnes pour libérer les blogueurs persécutés dans le monde arabe, a commenté ainsi ce point :
“Les activistes arabes utilisent des outils d’Internet afin d’exiger des réformes démocratiques dans leurs sociétés depuis au moins 5 ans. Cela a conduit de nombreux blogueurs, cyber-activistes ou journalistes à être torturés ou envoyés en prison par leurs gouvernements. Il est absurde de s’attendre à ce que les activistes arabes aient confiance dans le financement ou les motivations de l’Occident (USA ou autres) lorsque les gouvernements occidentaux sont trop souvent silencieux quand ils (les activistes) sont persécutés par leurs gouvernements.”
2. Le marché idéologique de la technologie de contournement et le battage qui est fait autour.
Pour beaucoup, dont l’administration Obama, les protestations suite à l’élection présidentielle de 2009 en Iran, constituent le premier évènement de magnitude élevée à démontrer l’utilité de la technologie face à la répression et à la censure politique. Cela a été clairement reflété dans le discours de Clinton sur la liberté de l’internet dans lequel elle fait l’honneur à l’Iran de le mentionner sept fois. L’avalanche et le battage médiatiques qui ont eu lieu lors des manifestations post-électorales, tout en galvanisant une bonne partie de l’opinion publique occidentale contre la République islamique déjà haïe, a également créé un nouveau contexte dans lequel presque n’importe qui peut mettre sur le marché son “soutien” à la démocratie sous l’égide de la liberté de l’Internet. Alors que les fournisseurs et promoteurs des outils de contournement de la censure établis prostituaient leurs réalisations pour aider les Iraniens à contourner le filtrage d’Internet, de nombreux nouveaux venus revendiquent le même espace, aidé dans cette mission contraire à l’éthique par des journalistes, des politiciens et le silence assourdissant des experts du secteur. Après tout, les efforts contre la censure et l’agrégation de l’analyse en ligne et des données lors d’événements majeurs, comme le cas iranien, sont perçus, du moins par ceux qui possèdent ces données et la conception des outils, comme un puissant levier politique et une source potentielle de bénéfices. « Toute la bataille sur l’Internet se résume à une bataille sur les ressources », a déclaré Shiyu Zhou, fondateur du Consortium Mondial pour la Liberté de l’Internet du Falun Gong, qui est derrière Freegate, outil parmi d’autres de contournement ciblant les internautes chinois. « Supposons que nous ayons la capacité de rendre possible pour le président des USA de communiquer quand il le veut avec des centaines de milliers d’Iraniens à un risque nul ou limité? Cela change le monde», a déclaré Michael Horowitz, un conseiller du Consortium Mondial pour la Liberté de l’Internet. En mai 2010, après des années de campagne de plaidoyer à Washington, le Département d’Etat a pris la décision de financer le Consortium Mondial pour la Liberté de l’Internet en offrant 1,5 million de dollars au groupe pour fournir un logiciel destiné à contourner la censure sur Internet.
Cette nouvelle a suivi l’apparition de nombreux rapports dans les médias suggérant que Freegate, qui a présenté une version en langue persane, a grandement aidé les internautes iraniens à diffuser et accéder à des informations sur les manifestations post-électorales. Puis vinrent les nouvelles que l’outil tant vanté, selon une couverture médiatique négligée, des liens familiaux, et une récompense importante ont été déterminants pour amener les dissidents iraniens à organiser les manifestations post-élections et de communiquer avec le monde extérieur. Un outil, conçu par un pirate informatique de 26 ans de San Francisco, qui n’avait pas connaissance ou d’intérêt dans les affaires iraniennes jusqu’aux récentes manifestations, semblait avoir réussi à déjouer la machine de la censure de Téhéran.
Tout cela a l’air bel et bon jusqu’à ce que vous commenciez à rechercher les mots-clés “Haystack” (Botte de foin) et Centre de Recherche sur la Censure. Vous finirez par arriver sur deux sites web, avec de nombreux liens pour des donations en ligne, mais avec peu ou pas d’information sur l’outil et les chercheurs. Le site du logiciel n’offre pas de lien de téléchargement, pas plus que le site du Centre de Recherche sur la Censure ne fournit aucune recherche sur la censure. Avec la devise “Bonne chance pour trouver cette aiguille”, vous aurez fini la recherche de Haystack, sans avoir eu la chance de trouver celui-ci (lire les commentaires ici). Malgré tout cela, et malgré le fait que personne n’a jamais vérifié la sécurité de l’outil, Austin Heap et son Centre de Recherche sur la Censure ont obtenu du gouvernement usaméricain l’autorisation requise pour exporter leur logiciel anti-filtrage en Iran. « Nous travaillons pour essayer d’aider à la libre circulation de l’information à l’intérieur et hors de l’Iran. Nous avons délivré une licence à une société possédant une technologie qui permettrait à cela de se produire », a déclaré la secrétaire d’Etat américaine Hillary Rodham Clinton en Mars 2010.
Arash Kamangir, un blogueur iranien très actif basé au Canada, qui analyse la blogosphère iranienne, a également été curieux d’en savoir plus sur Haysatsk. Il a demandé à de nombreux Iraniens sur Twitter et Facebook s’ils ont utilisé l’outil:
“Comment les gens de l’extérieur peuvent-ils aider les personnes coincées dans ces sphères mises hors circuit à devenir actifs. Cette question contient une hypothèse implicite : nous, les personnes extérieures, allons respecter les opprimés et leur demander ce dont ils ont besoin. Ensuite, nous allons évaluer nos produits sur la base de ce que ces utilisateurs disent à leur sujet. Avons-nous fait cela? Je ne suis pas familier avec Access Now, mais j’ai souvent demandé à mes contacts à l’intérieur de l’Iran qui utilisent Twitter et d’autres réseaux sociaux et ils m’ont dit, sans exception, qu’ils n’ont jamais eu de rencontre réussie avec Haystack. Pour moi, cela signifie que Haystack ne fonctionne pas. C’est en fait une conclusion modeste, parce que je ne connais aucun Iranien qui a effectivement été en mesure d’utiliser Haystack. Alors, plutôt que de demander «Est-ce que Haystack fonctionne? » nous devrions nous demander «Est-ce que Haystack existe? » Et par là nous voulons dire « exister » comme ‘ce bureau existe’ et non pas comme ‘les fées existent’.”
Dans une interview par courriel pour cet article, Amin Sabeti, un autre blogueur iranien est d’accord avec les remarques d’Arash Kamangir au sujet de Haystack:
« Haystack a une très bonne couverture des médias occidentaux comme la BBC (dans ses chaînes anglaise et persane), ou un journal comme The Guardian, mais j’ai interrogé plusieurs personnes vivant à l’intérieur de l’Iran à ce sujet, tous (je veux dire 100%) m’ont répondu qu’ils viennent de lire et avoir des nouvelles de Haystack mais qu’ils ne l’ont jamais utilisé. Je peux conclure que “Haystack” n’est pas un outil, c’ est juste un nom ». Amin est allé plus loin en exprimant son scepticisme quant à la politique usaméricaine concernant la liberté de l’internet envers l’Iran. « Au cours des manifestations post-élections, les USA et d’autres pays n’ont pas aidé l’Iran. Ils ont simplement utilisé le Mouvement Vert comme de la propagande contre le régime iranien pour leurs propres intérêts. Par exemple, le Congrès usaméricain a adopté une loi pour aider les Iraniens à contourner le filtrage et pour lever certaines sanctions afin de permettre le téléchargement et l’utilisation de leur technologie. Mais à partir d’octobre 2009, nous n’avons vu aucune action et, dans certains cas, comme avec sourceforge.net, les utilisateurs iraniens ne peuvent pas télécharger les logiciels, même ceux en open source. Le peuple iranien ne peut pas participer et poster ses vidéos pour le projet de Youtube « Life In A Day», tout simplement parce qu’ils sont iraniens! »
On a beaucoup écrit récemment sur Haystack, qui semble bien être un fiasco. « Nous avons stoppé les essais en cours de Haystack en Iran en attendant un examen de sécurité. Si vous avez une copie du programme test, s’il vous plaît évitez de l’utiliser », affirmait un avis sur le site Haystack au milieu de fortes critiques. Et je viens d’apprendre que le développeur principal de Haystack et les membres du conseil d’administration du Centre de Rercherche sur la Censure, Karim Sajad Pour, Abbas Milani et Gary Sick ont démissionné.
A présent, le battage médiatique se déchaîne autour d’un autre outil de contournement couronné de succès. Appelé Collage, utilisant des techniques de stéganographie [technique pour faire passer inaperçu un message dans un autre message, NdE], il masque les messages controversés dans le contenu généré par l’utilisateur. « Pour autant que nous le sachions, Collage est le premier système anti-censure capable de stocker les messages à l’intérieur du contenu généré par l’utilisateur (par exemple, sur Flickr, YouTube, etc) de telle sorte qu’un censeur peut bloquer / corrompre certains de ces contenus mais les utilisateurs seront toujours en mesure de récupérer leurs messages », dit Sam Burnett, l’un des chercheurs à l’origine du projet. Les chercheurs ne semblent pas être au courant du fait important que la plupart des censeurs ont déjà effectivement interdit l’accès à Flickr et / ou Twitter et / ou YouTube et / ou Facebook. Des pays comme l’Iran, les Émirats Arabes Unis, la Syrie, la Tunisie et la Chine bloquent déjà l’accès à plus d’un de ces sites, si ce n’est pas à eux tous. En outre, si les sites de médias sociaux que cet outil cible ne sont pas encore bloqués, cela donnera quelque part quelques excuses “légitimes” aux censeurs pour les bloquer.
Les deux cercles de la technologie de contournement, l’ancien et le plus récent, partagent avec la classe politique usaméricaine, les médias et les centres de recherche, la même obsession de filtrage d’Internet en Iran et en Chine. Même Tor, le logiciel de sécurité le plus respecté, qui obtient des financements du ministère usaméricain de la Défense et du Département d’État, a rejoint le chœur de la campagne médiatique pour “aider les Iraniens” à accéder à l’Internet et a publié ses premières données sur ce que le réseau Tor observe en Iran: “Mesurer Tor et l’Iran“.
Afin d’avoir une image claire de la disparité au niveau de la couverture du contrôle de l’Internet dans différents pays par trois fournisseurs / promoteurs d’outils de contournement principaux, j’ai recherché dans les calndriers de Twitter, les mots-clés Tor project, Psiphon et Sesawe, afin de déterminer quels pays attirent le plus d’ attention publique. J’ai trouvé un modèle tout à fait pertinent:




Bien que Haystack et Freegate soient le genre d’“outils de contournement idéologiques” ciblant ouvertement certains pays, principalement la Chine et l’Iran (comme de nombreuses ONG qui ont été créés en l’Occident depuis les manifestations post-électorales de 2009), il est tout autant clair que d’autres fournisseurs et promoteurs d’outils de contournement, qui prétendent affronter la question du filtrage d’Internet au niveau mondial, portent en réalité leur attention sur à peu près les mêmes pays. Sesawe, qui se présente comme « une alliance mondiale dédiée à apporter les avantages de l’accès non censuré à l’information aux usagers d’ Internet du monde entier », a suivi le modèle de ses homologues en accordant une attention privilégiée à l’Iran et la Chine au mépris de ce qui se passe dans d’autres pays « où Sesawe compte ». Psiphon, récompensé pour sa technologie anti-censure, accorde une grande attention à l’Iran et la Chine aussi sous forme de tweets, et fait la promotion des nœuds proxy Psiphon via Twitter.
Il est évident de dire que nous ne nous attendons pas à voir la même attention ou soutien contre la vague massive de censure qui a récemment enflammé les webs tunisien ou bahreïni. Même l’attaque de hameçonnage (phishing) de masse sur Gmail qui visait les comptes de militants anti-censure et de défenseurs des droits humains tunisiens a eu lieu sans que nos “zélotes” de la liberté de l’internet sourcillent.
3. L’implication de gouvernements engendre trop de risques pour les cyber-activistes. Pourquoi ?
En somme, il y a beaucoup d’autres raisons d’être sceptiques quant aux perspectives de l’engagement usaméricain en faveur de la liberté de l’Internet dans des régimes autoritaires, qui peut causer des dommages énormes à cette même liberté, et atteindre ainsi des résultats opposés aux objectifs “bien intentionnés” proclamés.
1. Risques pour les militants de base
Je vais commencer ce paragraphe avec deux anecdotes. La première: Avant et pendant les manifestations qui ont suivi l’élection controversée de juin 2009 en Iran, deux boursiers du gouvernement usaméricain ont développé un ” programme Iran ” visant à former des blogueurs et cyber-activistes iraniens à la sécurité sur Internet, au contournement, au cyber-activisme et au plaidoyer. Au cours de ces deux ateliers, ils ont rassemblé environ 12 jeunes militants de l’intérieur de l’Iran dans une ville européenne et j’ai participé à l’un de ces ateliers comme formateur. Depuis le deuxième atelier qui a eu lieu pendant les manifestations, au moins 3 des 12 ne sont pas retournés à l’Iran pour des raisons de sécurité, l’un a été arrêté en Iran, puis a réussi à s’enfuir en Europe où il / elle est demandeur d’asile. La seconde: un jour avant la manifestation anti-censure en face du ministère tunisien des technologies de communication qui était prévue le 22 mai 2010, pour protester contre la politique de filtrage de l’Internet dans le pays, une blogueuse, journaliste et assistante à l’université de Tunis a été arrêtée et interrogée pendant sept heures. Elle a été interrogée sur ses activités en ligne, sa relation avec les blogueurs et les journalistes tunisiens et de ses voyages à l’étranger. Elle a également été questionnée à propos de sa relation avec l’ambassade usaméricaine à Tunis et a été informée que sa présence à un atelier de trois jours pour les blogueurs d’Afrique du Nord, qui avait eu lieu en février 2010 à Rabat au Maroc et financé par Search for Common Ground (SFCG), une ONG basée à Washington DC, pourrait être perçue comme de l’espionnage et du lobbying pour des agences étrangères, un acte qui, selon l’amendement récemment adopté à l’article 61bis du Code pénal qui criminalise le contact avec “des agents d’une puissance étrangère afin de saper la situation militaire ou diplomatique en Tunisie “, pourrait être passible de 20 ans de prison avec une peine minimale de cinq ans. Curieusement, le 21 janvier 2010, soit exactement quatre mois avant son arrestation, la même blogueuse avait été invitée, avec d’autres blogueurs tunisiens, par l’ambassade usaméricaine à Tunis à suivre le discours d’Hillary Clinton intitulée “Remarques sur la liberté de l’Internet”. La blogueuse, qui a assisté à cette réunion, avait été assez ouverte, et peut-être assez naïf, pour écrire à ce sujet dans l’hebdomadaire tunisien Tunis Hebdo.
La même tendance est observée ailleurs. En Chine, Birmanie, Tunisie, Égypte, à Cuba ou au Zimbabwe, les bénéficiaires de bourses du gouvernement usaméricain ou d’autres sources sont financés et parfois formés à partir de la base pour accomplir des programmes ou des initiatives de soutien ciblant les blogueurs et militants qui vivent sous ces régimes autoritaires. Une base de données de plus en plus importante de noms de militants, leurs coordonnées et de leurs affiliations se construit. Ils sont agrégés, cartographiés et parfois ces bases de données sont partagées entre des dizaines d’organismes gouvernementaux et non gouvernementaux dans une violation claire et insouciante de la vie privée et de la confidentialité. On peut imaginer le risque que comporterait ce type d’agrégation des données pour les militants sur le terrain, si un jour elle tombait entre les mains de l’un des régimes autoritaires, qui se frotterait les mains. Un blogueur palestinien qui a assisté à notre réunion de blogueurs arabes à Beyrouth en 2008, a été arrêté lors son retour en Cisjordanie par les services de sécurité jordaniens. Il a été interrogé pendant des heures à propos de la réunion et il a été forcé de remettre des documents tels que le programme de la réunion et les noms des participants. Le même genre d’incident a eu lieu avec d’autres militants de Syrie, de Tunisie et d’Égypte. Ce dernier, l’un des régimes les plus répressifs à l’encontre de blogueurs et activistes, a même fait de l’enquête et la confiscation des appareils électroniques des blogueurs (ex: téléphones cellulaires, ordinateurs portables, lecteurs flash), une pratique presque quotidienne à l’aéroport international du Caire. TrueCrypt et les autres outils et techniques de cryptage des données sur lesquelles les militants et les blogueurs sont formés, ne seront d’aucun secours face à la torture, la détention et la fabrication de charges.
2. La modification brutale de l’espace du cyber-activisme par les agendas et fonds étrangers
Un autre inconvénient de cette implication gouvernementale consiste en une prolifération sans précédent de nouvelles ONG et centres de recherche qui sont avides d’argent devant les perspectives de l’énorme quantité de fonds alloués par les USA et d’autres gouvernements occidentaux et bailleurs de fonds avec le noble objectif de mieux comprendre et soutenir les cyber-activistes et blogueurs dans les sociétés fermées. La nature informelle, décentralisée et générique du cyber-activisme local est modifié par le mécanisme de financement et ses procédures bureaucratiques avec pour résultat final de 1) convertir les bons et talentueux militants en agents sociaux impuissants et en bureaucrates qui passeront leur temps à la rédaction de réponses aux appels d’offres et de rapports au lieu de militer. 2) Recruter une horde de charlatans qui prétendent être des «activistes», mais sont là pour faire une carrière avec un intérêt nul pour l’activisme ou pour la défense des droits humains. Et avec le déversement de toujours plus d’argent sur ce secteur, le risque élevé d’aliéner la plupart des pionniers dynamiques du cyber-activisme de leur base de supporters finira par se réaliser. Ce que nous ne voulons pas, c’est voir le cyber-activisme échanger sa crédibilité contre des fonds et perdre de sa légitimité en raison des sources de financement. D’autre part, plus de l’argent affluera de l’étranger, et moins le cyber-activisme local cherchera à innover. Et s’’il innovera, ce sera plus pour impressionner l’Occident que pour avoir un impact réel au niveau de la base. Nasser Weddady, le blogueur et un activiste mauritanien basé aux USA, s’est fait l’écho de sentiments similaires:
“La conviction que les outils et les technologies changeraient la dure réalité du Moyen-Orient comme désert des droits civiques est le piège potentiel de l’intérêt occidental pour le cyber-activisme arabe. Tant que le cyber-activisme n’est pas traduit en actions concrètes et réelles, le financement ne sera qu’un cadeau empoisonné pour les activistes arabes, quel que soit les montants des financements. La crédibilité de ces activistes arabes sera compromise, leur esprit d’entreprise positif sera gaspillé une fois que le soutien étranger se raréfiera suite à une déception prévisible en raison de leur incapacité à fournir des résultats tangibles.”
Tous ceux qui connaissent le monde arabe et ce qu’à Washington on appelle le Grand Moyen-Orient connaissent le caractère épineux du financement étranger, non seulement aux yeux des régimes locaux mais surtout au niveau des populations. Les fonds étrangers sapent la légitimité de l’activisme social et politique. Une fois délégitimé, l’activisme ne peut plus influencer les changements politiques et sociaux et ne peut pas être soutenu par le reste de la société. De plus, tous ceux qui s’y connaissent en cyber-activisme dans le monde arabe savent que les initiatives les plus efficaces sont celles qui ne sont pas financées par des ONG et qui comptent entièrement sur les efforts personnels et bénévoles. En contraste flagrant avec ces dernières, l’initiative du nouveau cyber-activisme financé est celle qui a le moins de succès. Dans le monde arabe, nous observons déjà la modification du cyber-activisme en marketing et en business politique à cause de ce financement étranger. Plus de sites fantaisie, concentrés sur l’agrégation de contenu autour de thèmes sexy (ex : jeunesse, genre, minorités, LGBT, dialogue interreligieux), mashups [sites Web ou applications dont le contenu provient de la combinaison de plusieurs sources d'information, NdE] cool, slick badges, prédominance de la langue anglaise aux dépends des langues locales, bons canaux de communication avec l’Occident, ses multitudes d’ONG et ses grands médias aux dépends de canaux locaux de communication avec les populations et les activistes. Ce changement pourrait affecter la nature endogène du mouvement cyber-activiste dans le monde arabe. Un activisme dont le ressort n’est plus la nécessité de répondre aux besoins ancrés dans le contexte local n’est plus de l’activisme mais un simple business.
Un militant qui aime investir ses propres ressources pour payer l’hébergement de son site en ligne et passer la plupart de son temps libre à expérimenter, coder et réaliser des projets n’agira plus de la même façon une fois qu’il est payé pour réaliser ces mêmes travaux. L’argent a toujours corrompu le militantisme. Lorsque nous observons le résultat du financement, pendant des décennies, du travail des ONG traditionnelles dans le monde arabe, nous comprenons que le même résultat attend l’activisme 2.0. Une élite corrompue, sans aucune forme de soutien du reste de la société, complètement déconnectée des masses, avec un impact insignifiant voire inexistant sur le processus démocratique et avec un effet nul sur les libertés civiques et politiques.
Il n’est pas question de dire que le cyber-activisme dans le monde arabe ne fait pas face à des défis financiers. Mais le défi que constitue le fait d’être affilié à des bénéficiaires de fonds du gouvernement usaméricain est bien plus grave. Afin d’obtenir, non seulement une acceptation des idées de changement, mais aussi un soutien de leurs propres sociétés, les cyber-activistes dans le monde arabe ont besoin de rester indépendants et d’essayer de résoudre les problèmes de financement au niveau de la base. Nasser Weddady reste en revanche optimiste quant à l’avenir et au potentiel de ce qu’il appelle « l’activisme arabe 2.0 » :
“Globalement, je reste optimiste parce qu’une nouvelle génération de cyber-activistes est en train d’émerger lentement et suit les pas des pionniers. À mon avis, les campagnes comme #Khaledsaid en Égypte ou Sayeb Sale7 en Tunisie, qui ont été initiées par des activistes individuels avec une vaste palette de compétences montrent que l’activisme arabe 2.0 n’a pas encore montré tout ce dont il était capable. En fait, je pense que ces campagnes montrent que l’activisme basé sur Internet dans le monde arabe est en cours de maturation et n’est plus du strict ressort d’une petite élite qui a des connexions et des compétences dans des langues étrangères.”
3. Hyperpolitisation de l’Internet et de la blogosphère
La politisation du cyberespace est un choix qui doit être fait par les activistes locaux eux-mêmes et non par les politiciens de Washington DC ou les entreprises de la Silicon Valley, tels que Google. Transformer les blogueurs en cyberdissidents signifie les exposer à des risques de persécution encore plus importants. Le procès de masse en Iran suite aux protestations post-électorales de 2009 est là pour nous rappeler que l’implication officielle des USA et de l’Occident et le détournement de l’aspiration démocratique légitime et de la lutte du peuple iranien, peut être très nocif de deux façons: 1) le risque d’aliéner la base du mouvement en donnant plus d’arguments au régime pour prouver que les dissidents travaillent en complicité avec les intérêts US. 2) le risque de légitimer la persécution qui va suivre. Deux risques majeurs que les décideurs politiques US ne semblent pas avoir sérieusement pris en compte. Un exemple particulièrement révélateur de la nature potentiellement dangereuse de la politisation et du détournement du cyber-activisme arabe est “l’organisation” cyberdissidents.org. Leur page “About” nous apprend que « les blogueurs et cyberdissidents dans les pays autocratiques du Moyen-Orient sont déjà en grand danger. Nous croyons que l’Occident a le devoir moral de défendre ces dissidents courageux qui sont nos meilleurs alliés ». L’ancien ambassadeur usaméricain à l’Union européenne, Kristen Silverberg, aurait décrit CyberDissidents.org comme étant « l’organisation de premier plan dans le monde principalement consacrée aux dissidents démocratiques en ligne ». Malgré le battage médiatique et la couverture médiatique que CyberDissidents.org a reçu, en particulier à Washington, il est difficile de croire qu’une organisation, qui a été lancée en 2009, peut devenir chef de file dans la défense des dissidents démocratiques en ligne dans notre région. Deuxièmement, le projet offre un autre genre de défi étant donné que de nombreux politiciens israéliens et usaméricains, avec un solide bagage anti-terroriste et liés aux services de sécurité des USA et d’Israël, sont les principaux architectes de ces projets et sont présents dans leur conseil d’administration. Le projet lui-même est une initiative de la Fondation pour la Défense des Démocraties (FDD), un institut néo-conservateur basé à Washington, et fondé deux jours après les attentats du 11 septembre. L’organisation American Conservative a même accusé le FDD « d’être principalement financé par un petit nombre de faucons pro-israéliens », et le Christian Science Monitor l’a décrit d’un « des plus importants think tanks néo-con ». Le politicien d’extrême-droite Nathan Sharansky, qui a servi comme ministre israélien dans différents gouvernements du Likoud est le président du CyberDissidents.org. David Keyes un ancien assistant de l’ancien ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies (ONU) qui a servi dans la division stratégique de l’armée israélienne, est spécialisé dans le terrorisme. Il est le directeur CyberDissidents.org. Daveed Gartenstein-Ross, un expert du contre-terrorisme de Washington – juif successivement converti à l’Islam puis au christianisme – dirige, au sein de cette fondation le Center for the Study of Terrorist Radicalization (sic).
Ainsi, lorsque CyberDissidents.org décrit les blogueurs et cyber-activistes arabes et iraniens menacés comme étant « nos meilleurs alliés », il est très normal que ceci va nuire à la capacité de ces militants à atteindre leurs objectifs dans un contexte régional marqué par un sentiment anti-israélien fort et légitime. Deuxièmement, CyberDissidents.org n’utilise pas seulement les sacrifices des militants sur le terrain et en les capitalisant à Washington, mais ils les expose au risque grave d’être étiquetés comme pro-israéliens. Et nous devons vraiment nous demander si les militants qui sont actuellement répertoriés et présentés sur le site CyberDissidents.org ont vraiment envie d’y figurer.
Curieusement, quand un certain nombre de militants du monde arabe ont commencé à utiliser Twitter pour protester contre le détournement de leur cause par l’organisation de droite israélienne CyberDissidents.org, nous, avons eu une réponse absurde et naïve d’un membre du conseil consultatif, l’égypto-usaméricain Saad Eddin Ibrahim, le même qui soutient aujourd’hui la succession présidentielle de Hosni Moubarak par son fils Gamal, en caricaturant les arguments des opposants à CyberDissidents.org, faisant de l’affaire un conflit religieux simpliste :
“Un petit groupe de militants du Moyen-Orient ont attaqué CyberDissidents.org parce que certains de ses membres sont israéliens. Je suis un membre du conseil consultatif de cette merveilleuse organisation et je suis attristé par les attaques contre elle. CyberDissidents.org promeut la liberté d’expression au Moyen-Orient, une cause que les gens de toutes confessions et nationalités devraient soutenir. A mes côtés dans le conseil consultatif, siègent des membres sunnites, chiites, juifs, iraniens, jordaniens, syriens, israéliens, soudanais, canadiens, russes et usaméricains. Si la paix doit venir dans notre région troublée, ce sera par l’inclusion, la tolérance et la compréhension, et non par la disqualification de certaines personnes parce qu’elles se trouvent appartenir à un certain groupe ethnique ou religieux. J’applaudis CyberDissidents.org pour son engagement indéfectible envers les dissidents démocratiques.”
Il appartient donc aux cyber-activistes d’opter pour une politisation de leur activisme en fonction de leur propre agenda et contexte, et non de ceux de Washington DC. Grâce à leur détermination à investir temps et argent, des cyber-activistes dans le monde arabe sont en train de construire et de partager leurs expériences et leurs connaissances, d’inventer leur propre culture du changement social et ce faisant, ils s’engagent dans un processus qui leur fera gagner en pouvoir politique par leurs propres initiatives militantes autochtones.
Conclusion
Pour que les cyber-activistes du monde arabe puissent réaliser leurs nobles aspirations, ils doivent rester indépendants et endogènes, en recherchant le soutien financier, logistique et moral de la base ou en essayant de trouver un appui de parties neutres qui n’encouragent aucun type d’agenda idéologique ou politique. Évidemment, cela ne signifie pas que nous devrions être complètement déconnectés de l’expérience du cyber-activisme mondial que nous avons besoin de comprendre, avec lequel nous devons interagir et dont nous devons apprendre des expériences. À l’heure actuelle, il est urgent de résister à toute tentative gouvernementale de détourner ou de politiser notre espace, il est urgent de le dénoncer publiquement et nous assurer que nous prenons des décisions éclairées, plutôt que d’accepter naïvement le soutien et le financement idéologiquement teinté de Liberté de l’internet.
Si les USA et d’autres gouvernements occidentaux veulent soutenir la liberté sur Internet, ils devraient commencer par interdire l’exportation de produits de censure et d’autres logiciels de filtrage vers nos pays. Après tout, la plupart des outils utilisés pour museler notre liberté s’expression en ligne et pour suivre nos activités sur Internet sont conçus et vendus par des entreprises usaméricaines et occidentales. L’autre problème est que les USA et d’autres gouvernements occidentaux ne sont pas contestés de l’intérieur au sujet de leur politique. Nos chers amis et défenseurs de la liberté d’expression usaméricains devraient mettre plus de pression sur leur gouvernement pour mettre un terme à l’exportation de ce type d’outils à nos régimes au lieu de faire pression pour recevoir plus d’argent pour aider à construire (encore) un autre outil de contournement ou pour aider les dissidents à renverser leurs régimes.
Google, au lieu d’utiliser le même mantra de la liberté de l’Internet et au lieu de ronronner dans la chambre d’écho idéologique de “l’art de gouverner du 21e siècle” usaméricain, devrait déployer davantage d’outils ou améliorer les anciens outils pour aider à renforcer le domaine du cyber-activisme. J’ai toujours plaidé pour une https par défaut pour chaque blog sur Blogger.com. J’ai aussi demandé à Google de fournir aux groupes d’activistes vivant dans des pays qui bloquent l’accès à YouTube des adresses IP alternatives qui leur permettent d’interagir librement et sans crainte avec YouTube API. Parlant du rôle des entreprises privées usaméricaines dans le soutien la liberté d’Internet, le blogueur et cyber-activiste Alla Abd El Fattah souligne que la meilleure démarche qu’elles devraient faire serait de continuer à développer un Internet libre, neutre et décentralisé:
“Si les entreprises et organisations non lucratives usaméricaines veulent soutenir la démocratie au Moyen-Orient, la meilleure chose qu’elles puissent faire est de continuer à développer un Internet gratuit, neutre et décentralisé. Combattez les tendances inquiétantes émergeant dans votre propre arrière-cour, allant des menaces à la neutralité du Net, au mépris de la vie privée de l’usager, aux droits d’auteur draconiens et restrictions DRM, à l’évolution inquiétante de la censure à travers les tribunaux en Europe, aux restrictions à l’accès anonyme et à la surveillance généralisée au nom de la lutte contre le terrorisme ou la protection des enfants ou encore la lutte contre le discours de haine ou toute autre chose. Vous voyez, ces tendances donnent à nos propres régimes des grandes excuses pour leurs propres actions. Vous n’avez pas besoin de programmes et de projets spéciaux pour aider à libérer l’Internet au Moyen-Orient. Il suffit de le garder libre, accessible et abordable de votre côté et nous verrons comment l’utiliser du nôtre, contourner les restrictions imposées par nos gouvernements, innover et contribuer à la croissance du réseau.”
Oiwan Lam de Hong Kong fait les mêmes recommandations. En ce qui concerne le secteur des entreprises, Oiwan suggère que les sociétés US, comme Google, devraient éviter de transformer le contournement en une guerre de guérilla:
“Le développement et la promotion d’outils de contournement sont plus ou moins sous l’influence de la rhétorique de guerre froide de la GFW [Grande Muraille de Feu, surnom du bouclier mis au point par le gouvernement chinois pour censurer Internet, NdE] (comme Lokman Tsui l’a souligné dans sa thèse). Je pense que nous avons besoin d’une approche plus décentralisée et durable pour aider les personnes dans diverses situations à accéder à Internet. Par exemple, nous pouvons encourager les universités à offrir aux étudiants des universités partenaires dans des sociétés moins ouvertes un accès VPN [Réseaux privés virtuels] ou un accès proxy. Pour les cyber-activistes, ils peuvent avoir besoin d’outils plus sophistiqués. Pour le secteur des entreprises, les fournisseurs de VPN gérés commercialement sera probablement plus efficace. Au lieu de transformer le contournement en une guerre de guérilla, il est préférable d’intégrer ces outils dans la vie quotidienne des gens et dans leur cadre de travail.”
Traduit de l’anglais par :Marina El Khoury
Édité par : Fausto Giudice
* Crowdsourcing : “approvisionnement par la foule”, désigne un modèle de résolution de problèmes à l’ère d’Internet qui consiste, pour une personne ou une organisation, à lancer un appel à solutions auprès du public, les intéressés pouvant y répondre en présentant des propositions ou des plans de leur propre initiative, souvent après avoir collaboré à distance et en ligne avec d’autres personnes qui ont une idée semblable.
December 24 2010
December 17 2010
December 11 2010
TuniLeaks, les documents dévoilés par Wikileaks concernant la Tunisie : Quelques réactions à chaud.
Nawaat relaye, en exclusivité, une partie des documents secrets qui concernent la Tunisie dévoilés par Wikileaks. Le site qui a déjà été à l’origine de la fuite de milliers de documents sur l’engagement américain en Irak et en Afghanistan. Les documents sont issus du réseau SIPRNet (Secret Internet Protocol Router Network) de l’administration américaine utilisé pour la transmission de mémos diplomatiques et autres documents secrets. Tous les documents relatifs à la Tunisie sont classés secrets : (Classification SECRET//NOFORN). « Noforn », qui est une restriction supplémentaire, signifie « Not releasable to Foreign Nationals », autrement dit « non diffusable aux étrangers ».
Cette première partie, que nous avons nommée TuniLeaks, est composée de 17 20 documents qui révèlent la teneur des échanges entre l’ambassade US en Tunisie et le département des Affaires étrangères américain. Lesdits rapports sont relativement récents et ont été transmis entre le 28 Mai 2008 3 Mars 2008 et le 9 février 2010. Parmi les 17 20 rapports, 2 sont rédigés par l’actuel ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Tunis Gordon Gray, et 15 18 par son prédécesseur. Cette première partie de câbles diplomatiques entre l’ambassade US à Tunis et Washington sera suivie par d’autres parties que nous publierons au fur et à mesure.
Il est important ici de signaler qu’il s’agit donc des câbles du pouvoir civil par opposition aux instances militaires. Pour le cas des documents auxquels nous avons eu accès, en l’occurrence ceux concernant la Tunisie, il est frappant de relever la place des préoccupations américaines relatives aux droits de l’Homme. Ce qui pour nous a été une surprise, d’autant plus qu’il ne s’agit pas de communiqués publics destinés à calmer des ONG, mais des échanges privés entre des diplomates. Sans aucun doute, l’ensemble des documents mis en ligne par Wikileaks révélera-t-il, s’agissant d’autres pays, des éléments qui heurtent des principes de droit de l’Homme. Mais pour le cas de la Tunisie, cela ne semble pas avoir été le cas au sein des documents dont nous avons disposés.
Nos premières appréciations sur le contenu sont des appréciations à chaud. Mais nous aurons l’occasion de revenir dessus après plusieurs lectures approfondies, seules à même de permettre de saisir des détails qui pourraient sembler anodins à première vue.
Il serait trop long de revenir sur tous les éléments évoqués par ces documents dans cette présentation. Néanmoins, nous avons retenu quelques aspects qui ont accroché les membres de l’équipe de Nawaat, notamment les préoccupations américaines relatives aux droits de l’Homme (I), la perception des US de la pratique du pouvoir en Tunisie (II), le profil de certaines personnalités (III) et l’aspect troublant de quelques éléments dont on ne trouve quasiment pas de traces dans ces mêmes documents (IV).
I. – Les préoccupations américaines des questions relatives aux droits de l’Homme
C’est sans doute l’un des aspects les plus surprenants que l’on découvre au sein de ces documents. Tant et si bien, qu’il n’est pas exagéré de dire que le premier bénéficiaire de cette fuite, ce sont les USA. D’où, d’ailleurs, le fait d’envisager toutes les éventualités concernant l’origine de la fuite.
Sur Nawaat, nous ne nous sommes jamais privés de dénoncer les connivences de l’administration américaine avec les responsables Tunisiens et (Arabes en général) en matière de violation des droits de l’Homme. Or, ces documents montrent que les choses ne sont pas aussi simples et que leur souci quant au respect des droits de l’Homme en Tunisie est réel, tout comme les pressions diplomatiques en ce sens. Si en de nombreux endroits, il question de conditionner certaines aides au regard des avancés en terme de libéralisation politique, les choses deviennent surprenantes quand on lit qu’il est même envisagé de reconsidérer les aides militaires par rapport à ce critère.
En briefant le secrétaire d’État lors d’une visite en Tunisie, l’ambassade indique:
« Dans nos contacts avec les responsables tunisiens, ils [les Tunisiens] soulignent nos liens solides de plus de 200 ans. Mais ils ne dépassent rarement le cap du général vers le particulier. Votre visite est une occasion d’indiquer clairement qu’il est possible d’aller plus loin. Si la Tunisie est prête à s’ouvrir et à faire davantage sur les questions qui préoccupent les États-Unis, comme par exemple, les défis régionaux et/ou la libéralisation politique, nous sommes prêts à chercher des moyens d’approfondir nos relations. »
« In our contacts with Tunisian officials, they [Tunisians] emphasize our strong ties of over 200 years. But they rarely move from the general to the specific. Your visit is an opportunity to make clear that more is possible. If Tunisia is prepared to open up and do more on issues of concern to the United States, e.g., regional challenges and/or political liberalization, we are prepared to look for ways to deepen our relationship. » (VZCZCXRO1905 sec.18)
Sur un autre document, on découvre qu’il est même question de faire pression au niveau des partenaires européens pour faire avancer les choses sur ce terrain. Dans le document « VZCZCXRO0363, sec.9 » on y apprend :
« Nous recommandons d’être explicite avec les dirigeants du gouvernement tunisien [GT] que nous changeons notre approche, tout en indiquant clairement que nous allons continuer à s’engager en privé avec les partis d’opposition et la société civile. En outre, nous devons accroître nos efforts pour convaincre nos partenaires européens, et d’autres pays aux vues similaires, à intensifier leurs efforts pour persuader le GT d’accélérer la réforme politique. Si certains membres de l’UE (par exemple l’Allemagne, le Royaume-Uni) sont d’accord avec nous, les grands pays comme la France et l’Italie ont hésité à faire pression sur le GT. Nous devons travailler à les amener à le faire, et à faire de ce sujet une condition pour les collaborations futures et pour l’accession au statut-avancées avec l’UE. »
« We recommend being explicit with Government Of Tunisia [GOT] leaders that we are changing our approach, while also making clear that we will continue to engage privately with opposition parties and civil society. In addition, we should increase our efforts to persuade our European partners, and other like-minded countries, to step up their efforts to persuade the GOT to accelerate political reform. While some in the EU (e.g., Germany, the UK) agree with us, key countries such as France and Italy have shied from putting pressure on the GOT. We should work to get them to do so, and to condition further assistance and advanced EU associate status on it. »
II. – L’image de Ben Ali et la perception de la pratique du pouvoir en Tunisie
On ne s’étonnera pas d’apprendre que la considération de la personne de Ben Ali est à la hauteur du caractère despotique de son pouvoir. Certains passages, notamment ceux du doc. VZCZCXRO0363 sont sans appel.
« Trop souvent, le gouvernement tunisien préfère l’illusion de l’engagement au travail sérieux pour une réelle coopération. Le changement majeur en Tunisie devra attendre le départ de Ben Ali, [...] La Tunisie a de gros problèmes. Le Président Ben Ali est vieillissant, son régime est sclérosé et il n’y a pas de successeur évident. De nombreux Tunisiens sont frustrés par le manque de libertés politiques et éprouvent de la colère envers la famille présidentielle, la corruption, le chômage élevé et les inégalités régionales. L’extrémisme fait peser une menace permanente. [...] La Tunisie est un État policier, avec peu de liberté d’expression et d’association, et de graves problèmes de droits humains. [...] Pour chaque pas en avant, il y en a un autre en arrière, par exemple le récent rachat d’importants médias privés par des personnes proches du président Ben Ali.
[Ben Ali] et son régime ont perdu le contact avec le peuple tunisien. Ils ne tolèrent pas de conseils ou de critiques, nationales fussent-elles ou internationales. Ils s’appuient de plus en plus sur le contrôle par la police et se concentre sur la préservation du pouvoir. La corruption dans les premiers cercles s’accentue. Même les Tunisiens moyens sont à présent très conscients de cela, et les voix de leurs plaintes s’amplifient [...]. Les Tunisiens vraiment n’aiment pas, voire éprouve de la haine envers la première dame Leila Trabelsi et sa famille. En privé, les opposants au régime se moquent d’elle. Même dans les cercles proches du pouvoir on y exprime la consternation face à ses frasques. Entre temps, la colère s’intensifie face au taux de chômage qui grimpe et les inégalités régionales. En conséquence, les risques pour la stabilité à long terme du régime sont en augmentation. »
« Too often, the Government Of Tunisia prefers the illusion of engagement to the hard work of real cooperation. Major change in Tunisia will have to wait for Ben Ali’s departure, […] Tunisia has big problems. President Ben Ali is aging, his regime is sclerotic and there is no clear successor. Many Tunisians are frustrated by the lack of political freedom and angered by First Family corruption, high unemployment and regional inequities. Extremism poses a continuing threat. […] Tunisia is a police state, with little freedom of expression or association, and serious human rights problems. [...] for every step forward there has been another back, for example the recent takeover of important private media outlets by individuals close to President Ben Ali.
[Ben Ali] and his regime have lost touch with the Tunisian people. They tolerate no advice or criticism, whether domestic or international. Increasingly, they rely on the police for control and focus on preserving power. And, corruption in the inner circle is growing. Even average Tunisians are now keenly aware of it, and the chorus of complaints is rising […]. Tunisians intensely dislike, even hate, First Lady Leila Trabelsi and her family. In private, regime opponents mock her; even those close to the government express dismay at her reported behavior. Meanwhile, anger is growing at Tunisia’s high unemployment and regional inequities. As a consequence, the risks to the regime’s long-term stability are increasing. » VZCZCXRO0363, sec.1, 6 et 7.
Et ailleurs, on y lit également :
« Il n’y a aucune chance pour que les élections soient libres et régulières. La liberté d’expression et la liberté d’association sont sévèrement limitées. Et on ne permet pas aux partis d’opposition indépendants de fonctionner effectivement. »
« There is no chance the elections will be free or fair; freedom of expression and freedom of association are severely constrained, and independent opposition parties are not allowed to operate effectively. » VZCZCXRO1905, sec.6
Par ailleurs, certains événements semblent avoir eu un impact particulièrement négatif sur l’appréciation du régime tunisien. L’épisode de la nomination d’une « incompétente » à la tête de la Banque de Tunisie (qui est au demeurant l’épouse de Abdelwaheb Abdallah) tout en débarquant le très compétent Faouzi Bel Kahia « un banquier très respecté qui a occupé le poste pendant 16 ans » (« highly respected banker who held the post for 16 years » VZCZCXRO4879) paraît avoir laissé de sérieuses traces. De même, la gestion catastrophique du « problème » fiscal de l’« American Cooperative School of Tunis » fut très préjudiciable aux intérêts nationaux. Les termes que l’on découvre dans le document VZCZCXRO0363 sec. 9, du 17 juillet 2009 sont très significatifs :
« Le plus troublant fut l’effort unilatéral et maladroit du gouvernement tunisien d’imposer de nouvelles taxes rétroactives à l’American cooperative School of Tunis. Il ne fait aucun doute que cette action a été à l’initiative d’amis puissants (y compris sans doute Leila Trabelsi) de l’Ecole Internationale de Carthage. Cela soulève d’importantes questions sur la gouvernance tunisienne et nos amitiés réciproques. Si, en fin de compte, les actions du GT obligent l’école à fermer, nous aurons besoin de réduire les effectifs de la Mission, limiter nos programmes et réduire nos relations. »
« Most troubling has been the [Government of Tunisia’s] unilateral and clumsy effort to impose new and retroactive taxes on the American Cooperative School of Tunis. There is little doubt that this action was at the behest of powerful friends (probably including Leila Trabelsi) of the International School of Carthage. It raises important questions about Tunisian governance and our friendship. If, in the end, the GOT’s actions force the school to close we will need to downsize the Mission, limit our programs, and dial down our relations. »
Enfin, la gestion du rapatriement des anciens détenus Tunisiens de Guantanamo semble avoir été désastreuse de la part des Tunisiens. Le manquement à la parole donnée (au niveau des assurances tunisiennes quant au respect des droits fondamentaux des rapatriés) a particulièrement exaspéré les Américains.
III. – Abdelwaheb Abdallah, Kamel Morjane et Sakhr el Matri.
Au niveau des ministres Tunisiens des affaires étrangères, le moins que l’on puisse dire, c’est que Abdelwaheb Abdallah n’a pas été en odeur de sainteté auprès des américains.
«[Abdelwaheb Abdallah] est connu pour ouvrir ses rencontres avec des monologues interminables sur des positions politiques, sociales et économiques, les réussites et les positions modérées de la Tunisie sur les questions régionales. C’est le discours qu’Abdallah lui-même a conçu pendant ses années en tant que conseiller du président, chargé du contrôle des médias nationaux et internationaux. Pendant son mandat de trois ans comme ministre des Affaires étrangères, Abdallah a maintenu une influence notable – si ce n’est un contrôle – sur les médias locaux » [...]« Par exemple, Abdallah me convoqua pour exprimer son «dégoût» de la condamnation de la Tunisie pour son traitement des journalistes, par le président Bush lors du 1er mai, journée mondiale pour la Liberté de la Presse. Mais les difficultés sont aussi le résultat des contrôles imposés par le ministère des Affaires étrangères. Ces contrôles limitent la capacité de l’Ambassade de s’engager avec d’autres organismes, et avec les universités, les organisations professionnelles et syndicales du pays » (VZCZCXRO1905, sec.8)
« [Abdelwaheb Abdallah] has been known to open his meetings with lengthy soliloquies about Tunisia’s political, social, and economic successes and moderate positions on regional issues. This is the spin that Abdallah himself crafted during his years as Presidential Advisor responsible for domestic media control and international media spin. During his three-year tenure as Foreign Minister, Abdallah has maintained significant influence — if not control — over the local media” […] “For example, Abdallah convoked me to express his “disgust” that Tunisia was condemned for its treatment of journalists in President Bush’s May 1 statement on World Press Freedom. But the difficulties are also the result of the controls imposed by the Ministry of Foreign Affairs. These controls limit the Embassy’s ability to engage with other agencies, and with universities, business organizations and even the country’s labor union” (VZCZCXRO1905, sec.8).
Ailleurs, on y apprend :
« Nous avons été bloqués, en partie, par le ministère des Affaires étrangères qui vise à contrôler l’ensemble de nos contacts avec le gouvernement et de nombreuses autres organisations. »
«We have been blocked, in part, by a Foreign Ministry that seeks to control all our contacts in the government and many other organizations.”(VZCZCXRO0363, sec.2).»
En revanche, s’agissant de l’actuel ministre des Affaires étrangères Kamel Morjane, celui-ci semble jouir d’une relative estime de la part de la diplomatie américaine. Il est du reste dépeint comme celui qui a cherché à limiter les dégâts de son prédécesseur.
On notera également de longs passages concernant Sakhr El Matri, lesquels, entre autres révèlent cette promiscuité si malsaine entre les affaires et la politique. On retiendra cette anecdote, très révélatrice, qui a eu lieu à l’ambassade US où l’en passe du politique aux affaires d’El Matri sans la moindre pudeur. Celui qui aspire à obtenir une franchise McDonald en Tunisie se voit rétorquer par l’ambassadeur US que ceci nécessite des autorisations légales (de la part de l’administration tunisienne). Réponse d’El Matri : « ceci n’est pas un problème ». Et pour cause !
Voici le passage en question :
« El-Matri a aussi exprimé son intérêt pour l’ouverture d’une franchise de restaurant McDonalds. Lorsque l’ambassadeur a déclaré que les entreprises américaines avaient besoin d’une législation sur les franchises avant d’investir, il a répondu: “cela n’est pas un problème”, et a suggéré que la première franchise pourrait s’ouvrir dans le port pour bateaux de croisières qu’il développe à La Goulette. »
« El-Matri also expressed interest in opening a McDonalds restaurant franchise. When the Ambassador said US companies needed a franchise law before investing, he responded, “that would not be a problem,” and suggested a likely first option would be to open a franchise in the new cruise port he is developing in La Goulette. » (VZCZCXYZ0008, sec.3).
Au demeurant, le contenu de ce document donnera de la matière à gloser à nos deux experts nationaux en « science des agendas » ; en l’occurrence Borhène Bsaïs et Boubaker Sghaïr. Sûrement, ils ne manqueront pas de reprendre les longs passages concernant Sakhr El Matri pour nous parler de son agenda lorsqu’il franchit le pas de l’ambassade US. Nos deux « messieurs agenda », aux compétences reconnues en la matière, nous ont habitués à ne louper aucune occasion pour discourir sur leur thème favori « ambassade et agenda ».
IV.- Les Silences troublants
Parmi les éléments les plus troublants, du moins concernant les documents que nous avons examinés, c’est cette absence flagrante des forces démocratiques tunisiennes au niveau des échanges entre l’ambassade US et le département d’Etat. L’opposition démocratique est mentionnée à deux ou trois reprises, mais c’est presque d’une manière collatérale, voire accidentelle. Et ce qui est d’autant plus troublant, c’est que malgré le fait que la diplomatie américaine n’attend que le départ de Ben Ali pour observer un réel changement « Tout changement majeur en Tunisie devra attendre le départ de Ben Ali » (« Major change in Tunisia will have to wait for Ben Ali’s departure »), l’opposition démocratique dans ce contexte n’incarne ni une alternative sérieuse ni même une force politique avec laquelle il serait utile d’avoir des rapports étroits.
Il faut dire que cela confirme ce que nous avons par le passé écrit sur Nawaat, et qui incarne à nos yeux un réel problème tunisien. « Que cette opposition devienne tellement insignifiante, tellement inexistante au regard des gouvernements alliés de la Tunisie [avons-nous eu l’occasion d’écrire] est difficile à avaler. […] On ne devient pas une opposition qui incarne le changement démocratique en le proclamant, mais par la capacité, d’une part, à convaincre et à entraîner l’opinion publique en ce sens et, d’autre part, à gagner par ce biais la crédibilité des partenaires de la Tunisie quant au changement que l’on promet. »
Juxtaposer cette non-considération des forces démocratiques tunisiennes avec les considérations réelles au niveau des questions des droits de l’homme en Tunisie par une nation étrangère, laquelle se met en position de protéger les Tunisiens sur leur propre territoire, a de quoi empêcher de dormir beaucoup de Tunisiens. Quand on songe à la défaillance indigne du gouvernement tunisien à s’enquérir du respect des garanties et droits fondamentaux des Tunisiens détenus à Guantanamo, C’est déjà très grave. Mais qu’ensuite les anciens geôliers de ces Tunisiens se retrouvent eux-mêmes dans la peau de ceux qui se démènent pour garantir leurs droits fondamentaux et leur intégrité physique en Tunisie ; cela frôle l’insupportable pour quiconque accorde un minimum d’honneur à la citoyenneté tunisienne et des droits qui s’y rattachent ! Et c’est face à de tels faits que l’on se demande comment des ministres, des parlementaires, des magistrats et des hommes politiques tunisiens peuvent se regarder dans la glace le matin. Que l’on soit très clair, que les Américains se démènent pour garantir la sécurité de ceux qui on subit les affres de Guantanamo, c’est la moindre des choses pour restaurer leur honneur. En revanche, pour nous Tunisiens, faisons-nous assez pour justement réhabiliter cet honneur qui devrait être celui de nos institutions républicaines dont la finalité ULTIME, faut-il le rappeler, est de garantir les droits fondamentaux du citoyen ?
Au fond, les magouilles affairistes et politiques d’El Matri, A. Abdallah ou des Trabelsi sont tellement secondaires, sinon une conséquence logique de l’altération de ce qui est autrement plus fondamental : la place et le statut de la citoyenneté tunisienne au sein des institutions de la République. Aurions-nous su les défendre bec et ongle, ces institutions, depuis 1987, l’opposition démocratique en tête et nous n’en serions sûrement pas là aujourd’hui.
Enfin à chacun de lire, de se faire une idée et donner du sens aux faits mentionnés. Le débat est ouvert. Ce qui est certain en tout cas, c’est que la transparence aura toujours du bon.
Nous reviendrons sur ces documents, y compris sur d’autres dès que nous en disposerons. Nous les mettrons en forme, les classerons en catégorie et les taguons pour en faciliter la l’accès … d’ici là, bonne lecture.
Pour suivre les nouvelles sur ce sujet, retrouvez-nous sur ce site dédié https://tunileaks.appspot.com et assurez-vous que vous vous y connectez en HTTPS et non en HTTP. Vous pouvez également le faire en nous suivant sur notre compte twitter @nawaat et facebook.
Nawaat.org
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November 11 2010
الحراك الإلكتروني العربي، مـواجهة القمع ومخاطر الاختراق
يرمز ما دُرج على تسميته «النشاط الرقمي» (Digital Activism) إلى الحراك السياسي والحقوقي والاجتماعي الذي يستخدم شبكة الإنترنت والوسائط والتطبيقات والخدمات التي تتوافر غالباً بطريقة مجانية وسهلة للاستعمال من طرف النشطاء. وهذه الوسائط هي فضاءات التدوين ومواقع التشبيك الاجتماعي ورسم الخرائط وتقاسم الفيديو والعرائض. وتستخدم من أجل حشد المناصرة و تحسيس الرأي العام حول قضية ما، أو الضغط على صانعي القرار و التأثير على سياسة الحكومات. فـ«النشاط الرقمي» يشترط توفر عامل استخدام تقنيات الاتصال الحديثة على الشبكة العنكبوتية أو الهاتف الجوال أو كليهما معاً من أجل التنظّم أو التحسيس. ولعل الفرق بين «النشاط» و«النضال»، وهو المصطلح الأكثر شيوعاً في تقاليد العمل السياسي، هو عدم انتماء الناشط بالضرورة إلى تيار سياسي أو إيديولوجي ما، فهو «ينشط» خارج الأطر والهياكل الحزبية والتنظيمية والمنظماتية.
و قد أعرب الكثيرون من خارج الولايات المتحدة، وليس فقط في العالم العربي، عن قلقهم من «تعويذة» حرية الإنترنت التي صارت تنبعث من الدوائر السياسية بواشنطن. واعتبروا هذه التعويذة مجرد غطاء لأجندة جيو ـــــ استراتيجية تسعى من خلالها أميركا، تحديداً، إلى اختراق شبكات الاحتجاج السياسي والاجتماعي الناشطة على شبكة الإنترنت. فالسياسة التي لقبتها وزيرة الخارجية الأميركية هيلاري كلينتون بـ«حرية الإنترنت»، و وضعتها في أعلى سلم أولويات السياسة الخارجية لإدارة الرئيس باراك أوباما خلال خطابها بداية هذه السنة، لن تطبّق في فراغ. فهي ستُبنى أولاً على قاعدة السياسة الخارجية العامة والعريقة للولايات المتحدة، تطبق أهدافها وتعمل على حماية مصالحها الحيوية. فالمساعي التي تبذلها أميركا والحكومات الغربية عموماً كي تكون طرفاً فاعلاً، بل رئيسياً، في مجال الدفاع عن حرية مستخدمي الإنترنت في الوصول إلى المعلومة وإيصالها، لن تمثل تهديداً واقعياً و مباشراً فقط للنشطاء الذين يقبلون دعمها وتمويلها، بل سيكون لها أثر على طبيعة النشاط الرقمي العربي ذاته وتوجهاته. وبات العديد من المدونين يعتقدون (من الصين إلى المغرب العربي، مروراً بإيران و روسيا) بأنّ مساعي التسييس الجامح للمدونات والنشاط التدويني ومحاولات الركوب على بعض نجاحاته لتحقيق أهداف جيوسياسية، هي «قبلة الموت» التي تهدد شرعيتهم على الميدان. أسوأ الحالات هي أن يؤدي التمويل الغربي لمبادرات المدونين والنشطاء الرقميين، وكذلك التسييس المفرط لفضائهم، إلى تشويه الأنشطة الرقمية القائمة وظهور «نشاط رقمي مواز» يتجاهل السياق المحلي للمنطقة العربية وتعقيداتها. هذا إلى جانب النفاق والكيل بمكيالين اللذين صارا يميزان حركة مناصرة حرية التعبير على الإنترنت في دفاعها عن السجناء من المدونين ومقاومة سياسات الحجب والرقابة التي تمارسها الأنظمة. فأصبح هناك استهداف مفضوح وسافر لإيران والصين وكأنّهما الدولتان الوحيدتان اللتان تبطشان بالشبكة و بحقوق مستخدميها.
إنّ وضع حرية الإنترنت في صلب الاستراتيجية العامة للسياسة الخارجية الأميركية تحت مظلة البراغماتية النفعية التي عودتنا عليها واشنطن لن يقود الولايات المتحدة إلى المخاطرة بـ«استقرار» النظام القمعي العربي الذي يرعى مصالحها. فمن غير الواقعي أن نتوقع من أميركا أو من أي حكومة غربية أخرى أعلنت «حربها الإلكترونية» على سياسة الحجب، أن تعمل فعلياً على دعم المعارضات السياسية ضد حلفائها العرب بالقدر الذي تفعله أو تسعى إليه ضد إيران والصين. ولأنّه لا يمكننا تحمل عواقب «قرصنة» قضية حرية التعبير على الإنترنت من قبل قوى تخدم أجنداتها الجيو ـــــ استراتيجية، وغالباً لا تصبّ في مصلحتنا، وجب علينا الوعي بهذا «الواقع الافتراضي» الجديد والاجتهاد في تفكيك فاعليه وجس ديناميكياته.
وهناك آثار جانبية عديدة سيفرضها الواقع الجديد على ميدان الحركة العالمية المدافعة عن حرية التعبير والوصول إلى المعلومة على الشبكة. منها أنّ كل جسر يُبنى بين الحكومة الأميركية ومراكز الأبحاث ومنظمات المجتمع المدني الأميركي سيؤدي إلى تدمير عدد من الجسور القائمة التي تربط هذا الأخيرة بالناشطين والمدونين من العالم العربي والشرق الأوسط. وما لم تتغير ديناميات السياسة الخارجية الأميركية، ولا سيما في أشكال تعاملها مع «الدكتاتوريات العربية الصديقة»، سوف يُنظر إليها دائماً على أنّها سياسة منافقة تختفي وراء شعار حرية الإنترنت الفضفاض خدمة لمصالحها أو لمجرد الاستهلاك الإعلامي المحلي.
إذاً الأخطار المحدقة بحقل النشاط الرقمي العربي كبيرة، و خصوصاً في مرحلة نموّه الفتية الحالية، وتحتاج بالتالي إلى المناقشة والمعالجة. وما هذه إلا محاولة متواضعة لفهم رقعة الشطرنج الجديدة التي أطلقت عليها الولايات المتحدة الأميركية لقب «فن الحكم في القرن الـ21» وموقع الحراك السياسي الرقمي العربي منها.
النشاط الرقمي قوة فاعلة من أجل التغيير
ملأت حركة النشاط الرقمي السياسي القاعدي العربي الفجوة التي تركتها وسائل الإعلام التقليدية ومنظمات المجتمع المدني في معالجتها لقضايا حقوق الإنسان والمواطنة. ففرضت نفسها، على الرغم من تراوحها بين النجاح والفشل، كقوة فاعلة من أجل التغيير، تصقل جزءاً لا يستهان به من الرأي العام، وخاصة داخل الأوساط الحضرية الشابة والمتعلمة والمتصلة بالشبكة العنكبوتية. وهي تنمو في فضاء إلكتروني يبدو أكثر ملاءمة لمراوغة و مقاومة لعين الرقابة الحكومية. وهذه الأخيرة نجحت إلى حد كبير في السيطرة على الوسائل التقليدية للتنظيم والإعلام والاتصال عبر تكميمها أو تدجينها. هكذا تمكن النشاط الرقمي العربي من إدخال ديناميكية جديدة أربكت الحسابات القديمة للأنظمة والمجتمع المدني على حد سواء عبر مبادرات عدّة. منها تلك الرقمية المنددة بالتعذيب والتحرش الجنسي في مصر التي نجحت في فرض هذه القضايا على أجندة الإعلام التقليدي وسلك القضاء البعيدة عن الخوض فيها لأسباب عدة ترجع أغلبها إلى تبعيّة هذه القطاعات وضعفها. كذلك مبادرات فضح ممارسات الرشوة التي تنهش جسم الشرطة المغربية والتي انتهت بدفع الحكومة إلى التحقيق في الموضوع وفصل رجال الشرطة المتورطين، وصولاً إلى مبادرات التنديد بآلة الحجب التونسية التي نجحت إلى حد كبير في جعل قضية الدفاع عن حرية التعبير والوصول إلى المعلومة وإيصالها من هموم المُتصفح التونسي العادي وغير المسيس، منهية بذلك استفراد الأحزاب السياسية المعارضة والمنظمات الحقوقية بهذا النشاط الحقوقي ـــــ السياسي.
تجدر الإشارة إلى أنّ أغلب مبادرات المناصرة الناجحة للنشاط العربي السياسي والحقوقي الشعبي على الإنترنت لم تكن مموّلة من أي جهة حكومية غربية أو من المنظمات الأهلية التابعة لها. وذلك على عكس بعض المبادرات الرقمية الحالية التي ظهرت بفضل دعم و رعاية من جانب الولايات المتحدة و وكلائها. إذ يتميز الجيل الأول، أي اللامُموّل وغير المرتبط خارجياً، من المبادرات الرقمية المحلية بالخصائص الآتية:
1 – الضرورة: لم يكن الدافع وراء استخدام أدوات الاتصال الحديثة من أجل الدفع بعجلة التغيير الاجتماعي والسياسي والحقوقي هو المصلحة أو الارتزاق الإعلامي والمالي. فعلى العكس، كانت تلبية لاحتياجات واقعية أفرزها التزام راسخ بالدفاع عن حقوق الإنسان في العالم العربي. وما تلك الاحتياجات إلا نتيجة مباشرة لبيئة استبدادية قائمة و صلبة تتميز بانعدام الفضاءات المفتوحة التي يمارس فيها النشطاء دورهم المواطني. فكان اللجوء إلى النشاط الرقمي لما يوفره من سهولة وسرعة وغياب شبه كامل للتكلفة المالية.
2 – الاستقلال: يعدّ حقل النشاط الرقمي في العالم العربي من أكثر الحقول لامركزية وتشتت وحيوية. هذا ما يجعله ممانعاً لمحاولات الاختراق والتوظيف من قبل المنظمات غير الحكومية وأحزاب المعارضة العربية، حتى تلك المتمرسة على تقنيات الاتصال الحديثة. فاستقلاليته جعلت منه كياناً جذاباً ومقاوماً في الوقت نفسه لكل أنواع الرقابة الحكومية أو التوظيف المسيّس للمعارضة. لكن صفة الاستقلال تلك لا تعني بالضرورة عزل هذا النشاط الرقمي عن محيطه. فعدد من النشطاء الرقميين في العالم العربي يتعاونون مع أحزاب المعارضة السياسية ومنظمات المجتمع المدني خلال الفترات الهامة والحرجة، كالمحطات الانتخابية والانتكاسات الحقوقية. ومعظم هؤلاء النشطاء مرتبطون أيضاً بعضهم ببعض عبر ديناميكيات تشبيك مزدوج، بعضه على الإنترنت وبعضه الآخر على الأرض. فهم يتعاونون في ما بينهم خلال الأحداث الكبرى التي تشهدها المنطقة، (كقضية غزة والحرب الإسرائيلية على لبنان سنة 2006). كما ينسقون في ما بينهم عمليات الحشد والمناصرة لحملاتهم الإلكترونية كحملات المطالبة بإطلاق سراح المدونين المعتقلين. إلى جانب كل هذا، يرتبط النشاط الرقمي العربي بحركة النشاط الرقمي العالمي من خلال المؤتمرات والورشات التدريبية. أضف إلى كلّ هذا القدرة الذاتية التشبيكية الهائلة التي يتميز بها الإنترنت وخاصة مواقع الشبكات الاجتماعية. خلاصة القول إنّ النشاط الرقمي العربي، يفعل ويتفاعل في سياق متعدد الطبقات، بعضها محلي وقطري وبعضها الآخر قومي وعالمي.
3 – التعقيد: للوهلة الأولى، يبدو النشاط الرقمي حقلاً بسيطاً وسطحياً، إلا أنّنا إذا ما تفحصناه عن كثب سرعان ما تبرز لنا تعقيداته الخفية. فهو يختلف من بلد إلى آخر، ويطوّر وسائله وتقنياته تكيفاً مع محيطه المتحرك وتعقيدات الاستراتيجية الحكومية العربية للسيطرة على الشبكة وتطويعها باسم محاربة الإرهاب والمحافظة على الأخلاق العامة.
كلّ هذه الخصائص جعلت من النشاط الرقمي العربي عرضة لعدد من التحديات. فاستقلاليته قد تؤدي إلى استفحال أزمة هيكلية ومالية باتت تهدد مستقبله، وهي تعود بالأساس إلى غياب مصادر التمويل والدعم المحلي العربي والمستقل للنشاط الرقمي. ففي ظروف كهذه، يعتمد أي نشاط رقمي مستقل كلياً على العمل التطوعي والخيري للناشطين وتبرعاتهم البسيطة. وبالتالي، لن يصمد أمام أساليب الحجب والرقابة المتطورة التي باتت تستخدمها الحكومات العربية الراغبة في السيطرة على ما يُنشر على الشبكة. فضرورة تطوير تقنيات مراوغة الحجب والرقابة، وكذلك تقنيات تأمين مواقع المبادرات الرقمية ضد القرصنة والتخريب التي تستهدفها، تتطلب مقاربة محترفة تتوفر فيها الموارد المالية من جهة، والإلمام المعرفي والتطبيقي بالتقنيات الحديثة من جهة أخرى. فلا يمكن استراتيجيات بدائية ومُبتدئة صُمّمت لمقاومة الحجب والرقابة والقرصنة أن تصمد أمام عزم وبطش شرطة إنترنت الحكومات العربية المزودة بالمال والعتاد والخبرة المتقدمة. فالقدرات الأمنية والتقنية لناشطي الإنترنت العرب لمواجهة التحديات الجديدة محدودة، إن لم نقل منعدمة تماماً. أما تقنيات التشفير والتدابير الأمنية و الوقائية فهي غير مجدية عندما يتم سحب كلمات السر والبيانات الشخصية الحساسة من المدونين والنشطاء تحت التعذيب، كما يحدث في مصر والبحرين وغيرها من البلدان العربية. ومن ناحية أخرى، فإنّ تعقيد ظاهرة النشاط السياسي الشعبي العربي على الشبكة العنكبوتية جعل من الصعب على الفاعلين الأجانب والدوليين المعنيين بدعم النشاط الرقمي رسم سياسات تأخذ تعقيدات وخصوصيات كل بلد من بلدان المنطقة بعين الاعتبار عند صياغة أو تنفيذ برامج غالباً ما تستهدف المنطقة بأسرها وكأنّها حقل تجارب.
هذه الخصائص التي رافقت النشاط الإلكتروني العربي منذ نشأته باتت على وشك أن تتغير تحت وطأة التدخل الأجنبي الذي يهدد استقلاليتها. فالسؤال الذي يطرح نفسه الآن هو: كيف نتغلب على هذه التحديات المتعددة الأوجه دون المساس باستقلالية وحياد نشاطنا الرقمي العربي وحمايته من أيادي التوظيف والتدخل الأجنبي؟
بقدر ما يزداد استهلاك شعار «حرية الإنترنت» و«النشاط الرقمي» من الساسة والإعلاميين الغربيين وتوظيفه في إطار «نظريات التغيير» السياسي والاجتماعي، يتزايد إنفاق الأموال الغربية على هذا الحقل. وقد مثّل ذلك فرصة ثمينة وغير مسبوقة لعدد من المنظمات غير الحكومية ومصممي ومروّجي برمجيات تجاوز الحجب والرقابة الإلكترونية للدفع بأجندة سياسية أميركية المحور، وقنص مصادر تمويل إضافية جديدة.
فالتكاثر غير المسبوق للمنظمات غير الحكومية ومراكز الأبحاث التي تتنازع في ما بينها من أجل الفوز بقطعة من «كعكة التمويل» الغربي، سيساعد على اضمحلال الخصوصيات الذاتية الأصيلة للنشاط. فآليات التمويل وإجراءاته البيروقراطية ستلقي بظلالها على الناشط الرقمي، محوّلة إياه إلى «بيروقراطي صغير» همه كتابة طلبات التمويل والتقارير. بل إنّها ستفرز نوعاً جديداً من «النشطاء المرتزقين»، غايتهم «تجارية» بحتة تُساير رغبات الممولين وإملاءاتهم وتقايض المال بنشاط مزيف، فاقد لاستقلاليته وهي قوام شرعيته. فحساسية التمويل الأجنبي للنشاط المدني والاجتماعي في منطقة مثل منطقتنا العربية مهمة إلى درجة أنّها تنزع الشرعية تقريباً عن كلّ مبادرة تسقط في فخ التمويل. فالمبادرات الرقمية الممولة محلياً والقائمة على قاعدة التطوع والعمل الخيري هي الأكثر نجاحاً والأبلغ صدى في حشد التأييد الشعبي لها.
أما تلك المبادرات الرقمية الجديدة والهجينة التي يرعاها أو يفرزها التمويل والدعم الحكومي الأجنبي فهي الأقل نجاحاً واستقطاباً للدعم المحلي. وهي أقرب إلى «التسويق السياسي» منها إلى النشاط، إذ يطغى عليها التركيز على المواضيع والمقولات الجاذبة للإعلام والانتباه الغربي كالشباب والمرأة والحرية الجنسية وحقوق الأقليات والمثليين والحوار بين الأديان والحضارات. وهي مبادرات تهيمن عليها اللغة الإنكليزية على حساب اللغة المحلية، محتواها بارد وشعاراتها فضفاضة. وتتميز هذه المبادرات الرقمية الممولة أجنبياً أيضاً بصلابة وتعدد قنوات تواصلها مع الغرب ووسائل إعلامه الكبرى ومباركة المنظمات الحكومية وغير الحكومية لها على حساب تجذرها في العمق المحلي وضعف قنوات اتصالها الجماهيرية القاعدية. فالنشاط الرقمي الذي لا ينشأ تلبية لاحتياجاته المحلية ليس سوى تجارة تتخذ من ظاهر النشاط وتقنياته الرقمية طُعماً لصيد التمويل والشهرة.
فبين قمع الأنظمة العربية من جهة، والتوظيف السياسي والإعلامي الغربي، يمر النشاط الإلكتروني العربي، وكذلك حركة الدفاع عن حرية التعبير على الإنترنت، بواحدة من أكثر المراحل خطورة والتي قد تؤدي إلى تغيّر جذري لديناميكياتها وأدائها. فبدون فحص وتفكيك السياق الجديد الذي يمر به الحراك الرقمي والتدويني العربي يصعب التنبؤ بدقة بعواقب هذا التوظيف والتدخل الأجنبي على طبيعة هذا الحقل الجديد. فعدد المؤتمرات وورشات العمل التدريبية التي تنظمها المنظمات غير الحكومية الأميركية والغربية بتمويل وبمباركة رسمية مستهدفة المدونين والناشطين العرب والإيرانيين والصينيين، قد تنامت على نحو لافت للانتباه حتى إنّها صارت تقلق حكوماتنا القمعية التي باتت تترصد تحركات المدونين داخل الحدود وخارجها.
السياق جديد
خلال خطابها «ملاحظات حول حرية الإنترنت» الذي ألقته في 21 كانون الثاني 2010 في واشنطن، رفعت وزيرة الخارجية الأميركية هيلاري كلينتون حرية الإنترنت إلى مستوى محوري في صلب السياسة الخارجية لإدارة الرئيس أوباما. وقالت «أعلن اليوم أنّه خلال السنة المقبلة سوف نعمل مع شركاء من القطاع الصناعي، ومن الميادين الأكاديمية، والمنظمات غير الحكومية من أجل إنشاء جهد دائم يستعمل قوة تكنولوجيات الاتصال ويطبقها على أهدافنا الدبلوماسية». وقبل شهرين من ذلك الخطاب، في تشرين الثاني 2009، أعلنت كلينتون مبادرة «المجتمع المدني 2.0» التي تهدف إلى مساعدة المنظمات الشعبية في جميع أنحاء العالم من أجل استخدام التكنولوجيا الرقمية والحديثة. خصصت المبادرة 5 ملايين دولار لتمويل البرامج الرائدة في منطقة الشرق الأوسط وشمال أفريقيا التي من شأنها تعزيز وسائل الإعلام الجديدة وإمكانات التشبيك بين منظمات المجتمع المدني.
ومن المؤكد أنّ الولايات المتحدة ليست الدولة الوحيدة التي أعلنت رسمياً تبني مقولة حرية الإنترنت ودمجها بالسياسة الخارجية العامة. فقد أعرب عدد من الحكومات الأوروبية أيضاً عن نفس النوايا ولو بدرجات متفاوتة. فعلى سبيل المثال، أعلنت كلّ من هولندا وفرنسا برنامجاً مشتركاً يهدف إلى ضبط «قواعد سلوك» لسياستهما الخارجية تحمي بمقتضاه حرية الإنترنت. وسيعقد لقاء على مستوى وزراء خارجية البلدين في أواخر هذا الشهر من أجل رسم سياسة دعم «المنشقين إلكترونياً» (cyber dissidents)، وهي صفة تطلق على المعارضين السياسيين الذين يركزون نشاطاتهم المعارضة على شبكة الإنترنت وفضاءات التدوين ومواقع التشبيك الاجتماعي. وكان وزير الخارجية الفرنسي برنار كوشنير قد صرح خلال لقاء تحضيري عقد في باريس: «يتعين علينا مساندة المعارضين الإلكترونيين بنفس الطريقة التي ساندنا فيها المعارضين السياسيين».
وعلاوة على ذلك، فقد نمت بين شركات الإنترنت الأميركية العملاقة على غرار غوغل وياهو وتويتر، قناعة بأهمية مقولة «حرية الإنترنت» إذ غالباً ما تقاطعت مصالحها الاقتصادية مع جهود ومصالح الإدارة الأميركية. وتعمل شركة غوغل حالياً مع الولايات المتحدة ومسؤولين أوروبيين للدفع بسياسة من شأنها أن تجعل من الرقابة على الإنترنت حاجزاً للتبادل التجاري. فمنذ توتر علاقة الشركة بالصين، صارت غوغل من أكبر الشركات صخباً حول حرية الإنترنت. وقال مدير الاتصالات السياسية في غوغل بوب بورستين، الذي شغل منصب محرر خطابات بإدارة الرئيس كلينتون: «هدفنا هو تحقيق أقصى قدر من حرية التعبير والوصول إلى المعلومات [...] إنّه جزء هام جداً لأنشطتنا التجارية».
المسألة الأخرى المثيرة للقلق هي تلك العلاقة الوطيدة والمتشابكة بين دوائر صنع القرار بواشنطن ومديري شركات الإنترنت الأميركية. فعدد لا بأس به من مسؤولي وزارة الخارجية كانوا قد اشتغلوا سابقاً في شركات الانترنت، على غرار أربعة من مديري غوغل الذين ذهبوا للعمل مع إدارة الرئيس أوباما. وآخر مثال على هذا هو جاريد كوهين، «التكنوبراغماتي» (technopragmatist) والاختصاصي في مجال استخدام التكنولوجيا لتعزيز مصالح الولايات المتحدة ومكافحة الإرهاب والتطرف. فقد شغل منصب وزير دولة للتخطيط في كلّ من إدارتي جورج بوش وأوباما، ثم ترك وظيفته بوزارة الخارجية لقيادة قسم جديد ستطلقه شركة غوغل قريباً ويدعى «غوغل أفكار». وجاريد كوهين هو نفس الشخص الذي تدخل في حزيران 2009، مطالباً شركة التدوين المصغر «تويتر»، بتأجيل صيانة الموقع المبرمجة إبان الاضطرابات التي شهدتها إيران عقب انتخابات يونيو 2009. وكان ذلك من أجل منح معارضي أحمدي نجاد مزيداً من الوقت لاستعمال تويتر لتنظيم التظاهرات الاحتجاجية. فيعتقد جاريد كوهين وغيره ممن يُطلق عليهم لقب «متفاؤلو التكنولوجيا»، أنّ تويتر أدى دوراً وصفوه بالرئيسي في احتجاجات إيران الأخيرة، ما حدا بالبعض إلى الترويج لنظرية «ثورة تويتر» (Twitter Revolution). فبالنسبة إلى هؤلاء، بما فيهم إدارة الرئيس أوباما، مثلت احتجاجات 2009 بإيران أول منعطف تاريخي عالمي كبير أثبت قدرة التكنولوجيا الحديثة على مواجهة الرقابة والقمع الحكومي. وقد انعكس ذلك بوضوح في خطاب كلينتون حول حرية الإنترنت فذكرت خلاله إيران سبع مرات.
وتتطلع «تويتر» أيضاً إلى استئجار منسق حكومي في واشنطن، مهمته مساعدة الشركة على فهم ما يجب القيام به من أجل «تقديم خدمة أفضل للمرشحين وصناع القرار» بأميركا ورسم الاستراتيجيات الدولية للشركة. وفي 9 تموز 2010 انضمت كاتي ستانتون التي كانت تعمل لحساب غوغل في سنة 2003 ولحساب إدارة الرئيس أوباما في سنة 2009 كمسؤولة في هذا القسم الجديد.
وهذا ما عبر عنه كوهين جاريد عندما كان يشغل منصبه الوزاري، فقال خلال حديثه عن استخدام الوزارة للتكنولوجيات الجديدة في ممارسة الدبلوماسية: «كل جامعة وكل شركة من القطاع الخاص هي في الواقع شريك استراتيجي للإدارة الأميركية في مجال التكنولوجيا والابتكار وكيفية تطبيقها لخدمة سياستنا الخارجية».
وكما قلنا آنفاً، يتميز السياق الجديد للحراك السياسي على الإنترنت في العالم العربي وفي منطقة الشرق الأوسط عموماً باهتمام شديد من المؤسسات الحكومية الأميركية والمنظمات غير الحكومية التي تمولها، وكذلك من مراكز البحوث والجامعات وشركات الإنترنت العملاقة. وفي هذا الإطار قدم العديد من النشطاء والمدونين العرب والإيرانيين مساعدة جمة لمراكز البحوث تلك، مثل مركز بيركمان للإنترنت والمجتمع بكلية الحقوق بجامعة هارفرد. فساعدوا على فهم وترجمة ورسم خرائط للمدونات العربية وموقعها على الإنترنت، ما أفاد المركز كثيراً في عمله التحليلي لمحتوى المدونات العربية والإيرانية. أوضح مثال على هذا التنسيق بين النشطاء والمدونين العرب والإيرانيين من جهة، ومراكز البحوث الجامعية الأميركية من جهة أخرى هو خريطتا المدونات الإيرانية والعربية التي صمّمها جون كيلي وبروس ألتينك اللذان يديران مبادرة «الإنترنت والديموقراطية» التابعة لمركز بيركمان للانترنت والمجتمع. وترعى المبادرة وزارة الخارجية الأميركية من خلال منحة قدرها 1.5 مليون دولار قدمتها مبادرة الشراكة الشرق أوسطية التي تأسست في عهد الرئيس بوش الابن.
وإذا ما فحصنا الإطار العام الذي سيقت فيه هذه الدراسة وخريطة المدونات العربية والإيرانية والمصطلحات المستعملة، فسنلاحظ تركيزاً جلياً ومفرطاً لفهم واستكشاف الموقع الذي يحتله «المتطرفون» و«الإرهابيون» و«الإسلاميون» و«المحافظون» و«العلمانيون» في فضاء المدونات العربية والإيرانية. ولقد اعترف جون كيلي خلال ردّه على بعض الانتقادات التي وجهها عدد من المدونين العرب للخريطة: «كنا نكتب شيئاً ستقرأه الدوائر السياسية بالعاصمة واشنطن، ومن الطبيعي أننا لجأنا، في بعض أجزاء الدراسة، إلى استخدام لغة ترتبط بالنقاش كما يدور هناك». كيلي، مهندس رسم خرائط المدونات، وإيفان سيغل، المدير التنفيذي لمنظمة «أصوات عالمية»، وهي أهم منظمة تُعنى بتتبع ما ينشر على المدونات العالمية وترجمة محتواها إلى أكثر من عشرين لغة، كانا قد شاركا في مؤتمر نظمه معهد السلام الأميركي في 8 كانون الثاني 2009، إلى جانب قائد القيادة المركزية الأميركية الجنرال ديفيد بترايوس وغيره من المسؤولين الأمنيين والعسكريين. وكان من بين مهمات المؤتمر، التعرف على دور وسائل الإعلام الاجتماعي والإلكتروني وكيف يمكن استغلال هذا الدور من أجل إيجاد «حلول غير عسكرية» للتحديات التي تواجهها السياسة الخارجية في منطقة الشرق الأوسط الكبير. وخلال حديثه عن رسم وتحليل شبكات المدونين العرب والإيرانيين وأهمية هذا العمل بالنسبة إلى الولايات المتحدة الأميركية، أكد كيلي ضرورة «تنمية وصقل هذه الشبكات عندما تكون صغيرة، لأنّها تنمو بسرعة كبيرة جداً». لاحقاً، أصدر مجلس الشيوخ الاميركي قانون «ضحايا الرقابة الإيرانية» ( Victims of Iranian Censorship Act) الذي خصص 20 مليون دولار لمساعدة النشطاء الإيرانيين على مكافحة وتجاوز الرقابة على الإنترنت وتدريبهم على تقنيات تبادل ونشر المعلومات على الشبكة. علّق حينها روب فاريس وهو مدير الأبحاث في مركز بيركمان للانترنت والمجتمع «ها قد دخلتم جبهة الحرب الإلكترونية إلى جانب الأخيار». وهذا يبرز هيمنة مخيلة «الحرب الباردة» على عقول هؤلاء الباحثين والساسة، ومن ثم إسقاطها على حقل الحراك السياسي على الإنترنت الذي يراد منه أن يكون جبهة حرب جديدة تضاريسها إلكترونية ومعلوماتية موجّهة ضد حزمة من الأنظمة الاستبدادية التي لا تساير السياسات التوسعية الأميركية. وكذلك يفضح أيضاً مدى اختراق دوائر صنع القرار السياسي الأميركي وأجهزتها الاستخبارية والعسكرية لمراكز البحوث الأكاديمية وتوظيفها لنتاجها المعرفي خدمة لمصالح أميركا الحيوية في العالم.
فالتطور الأكثر مدعاة للقلق هو أن توضع المعرفة والبيانات حول الشبكة العنكبوتية العربية أو الإيرانية والصينية والروسية، بين أيدي الساسة والعسكر ورجال الأمن والاستخبارات دفعاً بالمصالح الأميركية أو دقاً لطبول «الحرب الإلكترونية» الجديدة التي ينادي لها منظّرو المحافظين الجدد. وتجمع هذه المعلومات غالباً بفضل تنسيق تطوعي وخيري بين نشطاء الإنترنت والمدونين المحليين ومراكز البحوث والمنظمات غير الحكومية الأميركية. وكلّ خطوة تخطوها منظمات المجتمع الأهلي الأميركي ومراكز البحوث والدراسات في اتجاه الحكومة الأميركية ستقود في نهاية المطاف الى اضعاف موقع هذه المنظمات بين أوساط ناشطي الإنترنت والمدافعين عن حرية التعبير على الشبكة العنكبوتية.
ولعل من أبرز وأخطر الأمثلة ذات الصلة بالتسييس المفرط لفضاء التدوين العربي والإيراني على حد سواء وتوظيف نضالاته لخدمة مصالح الغرب وإسرائيل، تتمثل في مبادرة «المنشقون الإلكترونيون» أو cyberdissidents.org. تسوّق المبادرة نفسها على أنّها حليفة قوى الإصلاح والديموقراطية الناشطة على الشبكة العنكبوتية الشرق أوسطية. وتقول «إنّ المدونين والمعارضين السياسيين الذين يستعملون الإنترنت في دول الشرق الأوسط الاستبدادية يتعرضون لأخطار جمة. ونحن نعتقد أنّ للغرب واجباً أخلاقياً في الدفاع عن هؤلاء المعارضين الشجعان الذين هم أكبر حليف لنا». وقد وصفت السفيرة الأميركية السابقة لدى الاتحاد الأوروبي، كريستين سيلفربيرغ هذه المبادرة بأنّها «المنظمة الرائدة في العالم المكرسة أساساً للدفاع عن المعارضين الديموقراطيين المستخدمين للإنترنت». وعلى الرغم من الضجيج والتغطية الإعلامية التي حظيت بها هذه المبادرة ولا سيما في واشنطن فقد التزم الجميع الصمت حيال من يقف وراءها. فالمبادرة هي من صنع ساسة إسرائيليين وصهاينة وأميركيين لهم خبرة عريقة في مجال مكافحة الإرهاب ولهم صلة وثيقة بالأجهزة الأمنية والاستخبارية في كلّ من الولايات المتحدة وإسرائيل، وهم إلى الآن أعضاء في مجلس إدارتها. المشروع ذاته هو مبادرة من مؤسسة الدفاع عن الديموقراطيات التابعة لمعهد أسّسه المحافظون الجدد في واشنطن بعد يومين فقط من هجمات 11 أيلول 2001. و من بين أعضاء إدارة مبادرة «المنشقون الإلكترونيون» التي تستهدف «الدفاع» عن المدونين العرب والإيرانيين نجد ناتان شارانسكي الذي شغل عدّة مناصب وزارية في حكومات الليكود الإسرائيلية. أما مدير مبادرة CyberDissidents.org فليس سوى ديفيد كييس المساعد السابق لسفير إسرائيل لدى الأمم المتحدة والذي تقلد مناصب رفيعة في شعبة الاستراتيجيا التابعة للجيش الاسرائيلي.
من أجل أن يحقق الحراك السياسي الرقمي العربي أهدافه النبيلة يجب عليه المحافظة على استقلاليته والتمسك بعمقه المحلي. كما يجب ان يسعى إلى الحصول على الدعم المالي واللوجستي في الإطار الشعبي القاعدي عوض اللجوء إلى «السيولة السهلة» الآتية من وراء البحار والحاملة في طياتها أجندة سياسية وإيديولوجية ضارة بقوى الإصلاح في المنطقة. وهذا بالطبع لا يعني قطع جسور التواصل مع التجارب النضالية الرقمية العالمية التي نحن بأمسّ الحاجة لفهمها والتفاعل معها والتعلم منها. فوسط هذه الهجمة الغربية الساعية إلى الاستفادة من نضالات شبابنا وإغرائنا، بل إغراقنا في لجّة من لأموال و الأعمال المشبوهة، نحن بحاجة ماسّة لتشكيل وعي جماعي مقاوم. وعي يناهض كلّ مساعي القرصنة لقضايانا وهمومنا المواطنية من قبل الحكومات الغربية والمنظمات «غير الحكومية» الدائرة في فلكها والمسبّحة بحمدها. الوعي بمخاطر تسييس فضائنا العنكبوتي العربي من قبل هذه الأطراف الدخيلة هو بمثابة أول خطوة نخطوها من أجل الحفاظ على شرعية عملنا النضالي على الإنترنت، ومن أجل ألا نقايض الصلة الحميمة مع واقعنا المحلي بقبول ساذج لتمويل ودعم ملونين إيديولوجياً بألوان خدعة «حرية الإنترنت» الزاهية. وإذا كانت الولايات المتحدة والحكومات الغربية الأخرى تريد حقاً دعم حرية الإنترنت فينبغي عليها أن تبدأ بحظر تصدير برامج الرقابة والحجب التي تستعملها شرطة الإنترنت في الدول العربية، التي هي بالأساس أميركية الصنع والتسويق.
نشر هذا المقال على جريدة الأخبار
المقال باللغة الانجليزية: The Internet Freedom Fallacy and the Arab Digital activism
September 17 2010
The Internet Freedom Fallacy and the Arab Digital activism
Introduction
This article focuses on grassroots digital activism in the Arab world and the risks of what seems to be an inevitable collusion with U.S foreign policy and interests. It sums up the most important elements of the conversation I have been having for the last 2 years with many actors involved in defending online free speech and the use of technology for social and political change. While the main focus is Arab digital activism, I have made sure to include similar concerns raised by activists and online free speech advocates from other parts of the world, such as China, Thailand, and Iran.
This piece stems thus from a major assumption that U.S official and corporate involvement in the Internet Freedom movement is harmful for that same freedom. I will explain why I consider the new context as extremely dangerous for the digital activism grassroots movement. Many people outside of the U.S, not only in the Arab world, have a strong feeling that the Internet Freedom mantra emitting from Washington DC is just a cover for strategic geopolitical agendas. This Internet freedom policy won’t be applied in a vacuum. At first, it will build upon broader U.S and Western foreign policy and their strategic goals and interests; in other words, it will continue projecting the same Western priorities. Having the U.S and other Western government as major actors in the Internet freedom field could present a real threat to activists who accept their support and funding. A hyper-politicization of the digital activism movement and an appropriation of its “success” to achieve geopolitical goals or please the Washington bubble are now considered by many as the “kiss of death”. In a worst-case scenario, Western funding, hyper-politicization and support could also lead to a brutal alteration of the existing digital activism field and the emergence of a “parallel digital activism” in total disregard to the local Arab context. We should also point out how hypocritical and unequal the online free speech movement is in its support for Internet Freedom of bloggers and digital activists at risk.
When putting Internet freedom at the center of its foreign policy agenda, the U.S will be disinclined to engage in any kind of action which might endanger the “stability” of the dictatorial Arab order. And because it is unrealistic to expect the U.S or any Western government aggressively working to boost political dissent against their closest Arab allies, the way they’re doing with Iran or China, we cannot afford the risk of a potentially disastrous hijacking of the Internet Freedom by powerful actors to serve geostrategic agendas that are not in our favor.
My own concern is that every bridge that will be build between the U.S government and U.S research centers and NGOs working around the Internet Freedom and digital activism field will lead to the destruction of number of the already existing bridges connecting those same NGOs and research centers to grassroots activist and bloggers from the Arab World and the Middle East. And unless something changes the U.S foreign policy dynamics, activists—especially those from the excluded countries—will always look at it as a hypocritical policy trying to use them and their causes for the sake of own agenda or simply for domestic consumption.
The direct risks on the digital activism field in the Arab World, in its current early stage of development, are thus huge and need therefore to be discussed and addressed. This is a modest attempt to outline possible strategies for the future of an independent and grassroots Arab digital activism movement and how to better understand and navigate the new chessboard of the “21st-century statecraft”.
Digital activists as new actors for change
Filling the gap that mainstream media and traditional Human Rights organizations have left open, the Arab digital activism movement has established itself, with varying successes and failures, as a vibrant actor for change, shaping a relatively important portion of the public opinion (e.g., the connected and literate) while evolving in a cyberspace that looks better suited to resist governmental attempts to police it the way it did with traditional means of organizing and communicating.
In its first stage, it is vital to point out that none of the most successful digital activism campaigns and initiatives that have marked this field with innovative and creative approaches in dealing with sensitive topics have been funded by any of the Western governments, institutions, or donors. In contrast to some of the currently U.S funded digital activism initiatives, the early ones have the following characteristics:
1-Necessity: In the Arab world, the use of digital tools for social and political change was not driven by hype or a professional or media interest. On the contrary, it was the result of needs driven by a strong commitment to defending Human Rights. Those needs are a direct result of an established authoritarian environment and a lack of an open space where activists could practice their citizenship. Digital activism has been “invented” and rose out of necessity to fill the very gap that was left by traditional civil society constituents.
2-Independence: The digital activism field in the Arab world forms one of the most decentralized, unstructured, and grassroots oriented dynamics of change that even most of the cyber-savvy local NGOs and opposition parties have a serious trouble in “infiltrating” or exploiting it for their own benefit. Consequently, this has made this movement independent, attractive, and resistant to any kind of control. But independence does not necessarily mean disconnection or isolation. Many digital activists in the Arab world do collaborate with opposition parties or movements. Most of these activists are also interconnected with each other; they collaborate during major events and rally to support each other’s campaigns and causes. They are connected as well to the global digital activism movement through conference circuits and face-to-face meetings. Add to that the strong networking capability that social networking platforms have integrated in their daily web activity, digital activists act, react, and interact in a multilayered context of activism that is local, regional, pan-Arab, and global. Most importantly the most successful online campaigns to free and support jailed and threatened bloggers are conducted by grassroots activists with loose affiliations of networks and peers. And they are playing key roles in this field.
3-Complexity: While it may look easy to grasp, digital activism is a complex multi-faceted movement, varies strongly from one country to another, and changes over the course of time. It’s always evolving by adopting new tools and tactics and through a constant adjustment of its strategies of resistance and actions.
All these characteristics have made Arab digital activism vulnerable to a variety of challenges. On the one hand, its independence and other characteristics can lead to a structural and financial crisis that could threaten its very future. At some point, and out of pure necessity, volunteer-based digital activism might seek to adopt a professional approach that requires resources. Anti-censorship resistance strategies cannot beat a sophisticated and determined Internet police. A hobbyist’s security capabilities cannot stop sophisticated DDoS or hacking attacks. Encryption technologies and security measures are totally useless when passwords and other sensitive data are extracted via torture and threats. On the other hand, its complexity has made it hard for foreign actors involved in the digital activism filed, whether through funding, training, capacity building or logistic support, to come up with a policy that takes that very complexity of each country into account when shaping or running programs targeting the entire region.
Those early characteristics are about to change due to a myriad of factors and actors that need to be understood in order to prevent digital activism in the Arab world from losing its most genuine and cherished characteristic which is its autonomy. The existential question is how to overcome these challenges and preserve the independency while addressing the needs of building a vibrant, efficient and solid digital activism field.
As the Internet Freedom and digital activism are getting politically trendy with fancy rhetoric and theories of change, lots of governmental money is being spent on this “new Colorado of change”. For many governments, NGOs and circumvention tools providers and promoters, this constitutes an unprecedented opportunity to push for own agenda, better adjust public relations strategies according to the momentum or simply raise more money.
Caught in the middle between authoritarian regimes aggressively engaged in repression, Internet filtering and monitoring on the one side, and growing attention from Western public agencies and associated NGOs on the other, digital activists and online free speech advocates in the Arab world are going through one of the most challenging phases of their short history that could alter their ecosystem dramatically. The number of workshops and conferences organized by U.S and Western NGOS targeting Arab bloggers and activists has dramatically increased over the last few years to the point that no one can accurately predict the consequences of these activities on the nature of the Arab digital activism.
A new context
During her “Remarks on Internet Freedom” speech in January 21, 2001, U.S Secretary of State Hillary Clinton elevated Internet freedom to be a major foreign policy of the new Obama administration. Two months before that speech, in November 2009, Secretary Clinton announced the Civil Society 2.0 initiative which will help grassroots organizations around the world use digital technology, allocating $5 million in grant funds for pilot programs in the Middle East and North Africa that will bolster the new media and networking capabilities of civil society organizations“.
Certainly, the U.S is not the only government that is working to integrate Internet Freedom into its foreign policy. More European governments are already following its footsteps, with The Netherlands’ and France’s Foreign Ministers working on a code of conduct on Internet Freedom and planning to hold a ministerial-level meeting next October to work on their plan of supporting “cyberdissidents”. “We must support cyber-dissidents in the same way that we supported political dissidents,” French Foreign Minister Bernard Kouchner declared.
Furthermore, big American web companies such as Google, Yahoo!, and Twitter are becoming convinced of the value of Internet freedom and their interests is sometimes tending to coincide with those of the U.S administration. Google is now working with U.S. and European officials to build a case that would make Internet censorship a trade barrier. Since his debacle in China, Google has been the most vocal web company about Internet Freedom. “Our goal is to maximize free expression and access to information [...] This is a very important piece of business for us,” said Bob Boorstin, Director of Corporate and Policy Communication at Google and former speechwriter for the Clinton Administration.
Between 20 and 22 September, 2010, Google will be holding a conference entitled Internet Liberty 2010 in Budapest, inviting activists, bloggers, NGOs, researchers, governments and corporations representatives. “The conference will explore creative ways to address the boundaries of online free expression; the complex relationship among technology, economic growth and human rights; ways in which dissidents and governments are using the internet; the role of internet intermediaries; as well as pressing policy and legal issues such as privacy and cybersecurity.” The occasion will be used to launch the “Middle East and North Africa Bloggers Network”, an initiative of the Washington based National Democratic Institute for International Affairs (NDI), which is loosely associated with the U.S Democratic Party. The inauguration, on September 23rd, of a “Middle East and North Africa Bloggers Network” by a Washington based NGO, via its Aswat initiative during an event organized by Google and will be attended by U.S and Western governments and corporations representatives is exactly the kind of interference that we need to avoid.
The other worrying issue is the “invisible revolving door between Silicon Valley and Washington“, if I may borrow the expression from Evgeny Morozov, as many State Department officials are working for Big Web industry, with four Google employees having gone to work in the Obama administration. The most recent example is Jared Cohen, the technopragmatist and specialist on the use of technology to advance U.S interests, counter-terrorism and counter-radicalization, who served as member of the Secretary of State’s Policy Planning Staff under both the Bush and Obama administrations, and who has just left the U.S State Department to lead a new division at Google called Google Ideas. Jared Cohen was the same person who intervened in June of 2009 to keep Twitter online and delay its scheduled maintenance work in order to keep Iranians tweeting the post-election protests.
The same Twitter is also looking to hire a government liaison in Washington D.C. whose job it will be to helping Twitter understand what to do “to better serve candidates and policymakers across party and geographical lines“. On July 9th, 2010, Katie Stanton, who worked for Google in 2003 and for the Obama administration as “Director of Citizen Participation,” in 2009, has joined Twitter where she will be working on international and business strategies.
As expressed by Jared Cohen during his talk about the State Department’s use of new technologies and innovation in the practice of diplomacy: “every single university, every private sector company, is de facto a think-tank and a strategic partner on technology and innovation and how to be relevant or applied for foreign policy [...] they just need to raise their hand and say “we want to get involved”.”

The new context is that digital activists, especially in the Middle East, are getting increasingly more attention from several U.S public agencies, associated NGOs, research centers, universities, and Web companies. Many activists and bloggers from the Arab world have been helping research centers, such as the Berkman center, in translating, navigating, understanding and mapping the Arab web and blogosphere. The most relevant example here could be the Iranian blogosphere map and the Arabic blogosphere map, both produced by John Kelly and Bruce Etling from the Berkman Internet and Democracy project which is sponsored through a grant of $1.5 million from the US Department of State’s Middle East Partnership Initiative.
If we take a closer look at the framing and labeling used by this research we will notice a visible focus on the understanding and mapping of “extremist”, “terrorist” and “Islamist” voices in the Arab blogosphere. John Kelly, the affiliate at the Berkman Center for Internet and Society at Harvard Law School who was involved in the mapping of Arab and Persian blogosphere, acknowledged in an email responding to criticism expressed by some Arab bloggers toward the map: “we were writing something that will be read by a policy-oriented DC crowd, among others, parts of the study are naturally in language that is keyed to the debate as it happens there“. Talking about mapping bloggers’ networks during a conference at the U.S. Institute of Peace on January 8th, 2009, John Kelly insisted on the need to “think about nurturing and shaping these networks when they are small, as they grow very large very fast”. All this of course is aimed to shape the development of online media to promote U.S. public diplomacy.
When the U.S Senate passed the Victims of Iranian Censorship (VOICE) Act authorizing $30 million to the Broadcasting Board of Governors to expand Persian-language broadcasting into Iran and counter Iranian jamming efforts, $20 million for the “Iranian Electronic Education, Exchange, and Media Fund,” that will help Iranians bypass Internet censorship and share information online, and $5 million for the U.S State Department to document human rights abuses that have taken place since the 2009 election, my dear friend Rob Faris, Research Director for the Berkman Center reportedly declared “You are engaging in cyberwarfare, on the side of the good guys.” The fact that our friends from the Berkman Center are adopting the rhetoric of “good vs. bad guys” shows the danger of this very new context whose boundaries are blurred.
The most alarming development, in regard to this matter, is to put the knowledge and data gathered in part by global grassroots activists and bloggers, via their collaboration with U.S research centers and NGOs, into the hand of the policy-oriented DC crowd to foster U.S interests or cyberwarfare in the world.
When we see people like my friends John Kelly and Ivan Sigal, Global Voices executive director, taking part in a conference at the U.S. Institute of Peace on January 8th, 2009, with CENTCOM commander Gen. David Petraeus, and many other U.S officials, and sharing their knowledge about the blogospheres and the role of social media in the region while the event is largely focusing on finding “nonmilitary solutions” to critical foreign policy challenges facing the U.S administration, we simply don’t know any more how the knowledge that is being generated by bloggers, volunteers authors and activists is being used and for what purposes. The presence of my dear friend Ethan Zuckerman at a conference on cyberdissidents organized by George W. Bush Institute, even if Ethan has a different political stance, was also perceived by many as a bad move.
And this is what makes the situation difficult and uncomfortable for all of us. While it is very normal and usual for a U.S citizen to attend such an event and even collaborate with his government or testify at congressional hearing and deliver his expertise, for non U.S activists, it will be much more difficult to accept collaborating with NGOs, research centers or circumventions tools providers/promoters that are sponsored by the U.S government or are sharing their knowledge and data with U.S policymakers, military commanders, Intelligence community and the like. in Such, every step taken in the direction of a closer collaboration with the U.S government will ultimately weaken the U.S research centers and NGOs position in the global Internet Freedom field.
I’m not questioning here the right of the U.S or any other regime to use Internet freedom as a tool for diplomacy or as a blunt regime change medium that serve its own interests; this is what politics is all about. But, in this new context marked by governmental and private efforts to adopt the Internet Freedom as a foreign policy tool, whether through researching, mapping, translating, supporting, or funding, digital activists in the Arab world may need to be more careful and skeptical about how to deal with this space and rethink with whom they can best work and collaborate. So now, when we want to collaborate with a research center or an NGO to answer a survey, or collaborate in a crowdsourcing project, or help translate a text or a tools, or provide insight about the context of certain topics, or recommend activists and bloggers to attend a conference, we may ask ourselves if we are not in fact collaborating with the U.S government via those “proxies”.
- The U.S Internet Freedom policy is not credible. Why?
During a conversation at the Global Voices summit on the topic of “Internet Freedom”, led by Ethan Zuckerman and Rebecca MacKinnon, I was asked by Ethan “whether there was any way [I] thought the US government could have a beneficial influence in the Internet freedom space” and my answer was “No. I’d prefer they stay out of the field.”. My answer is driven by the following three important considerations. As I said, I don’t see the new Internet Freedom policy as independent from the broader and decades old U.S foreign policy, which has been based on practical rather than ethical and moral considerations such as the support for Human Rights. As we all know in this part of the world, in the name of a short-termed realpolitik, the U.S has been supporting all kind of dictatorships at the expense of democratic and reformist movements and aspirations.
The long tradition of the U.S and the West’s support of regimes is derived from the fear that any kind of democratic reform in the Arabic world will yield even worse regimes than the current ones, which are providing a certain level of “stability” that ensures American and Western interests. Many Arab dictators, who have been leading the so-called “moderate” Arab regimes for decades with virtually no opposition, and among them few aging autocrats who are now orchestrating a “constitutional” succession that will maintain their absolute rule, are considered as allies, and therefore enjoy financial and moral support from the Unites States and Western governments despite their horrid human rights records.
This same hypocritical foreign policy is visibly manifested in the selective and inconsistent support and attention that the U.S government, Web companies, the Western mainstream and citizen media, and unfortunately an important part of the free speech advocates, research centers, and circumvention tool providers are giving to the Internet Freedom initiative. There is a strong focus on the Internet control in countries posing serious geostrategic challenges to the Western Interests, with a preferential focus on Iran and China and a near omission of allied states or “friendly dictatorships” which maintain close ties with the West, such as Egypt, Saudi Arabia, and the Golf States.
And, as eloquently articulated by journalist Rami Khoury in his New York Times op-ed “When Arabs Tweet”:
One cannot take seriously the United States or any other Western government that funds political activism by young Arabs while it simultaneously provides funds and guns that help cement the power of the very same Arab governments the young social and political activists target for change.
Even if I do not share most of Khoury’s conclusions about the achievement of digital activism in the Arab world—a field that I have followed very closely for the last ten years—I do agree with his aforementioned one: the U.S cannot be regarded as credible in their new crusade for Internet freedom as long as they maintain the same foreign policy which is, as many Arab affairs specialists and activists describe it, a hypocritical and counter-democratic one.
Prominent Egyptian blogger and activist Alla Abd El Fattah makes a similar point. Alaa told me in an interview for this article that:
To most Egyptians the alleged support to digital activism provided by US government, US companies and US non profits is irrelevant at best. For starters the interest and hype in what goes on down south is very selective. For instance the tens of thousands of Egyptian workers organizing factory strikes and posing the biggest challenge to the Mubarak regime at the moment are totally ignored by both media and policy makers. This is not some argument about slacktivism either. These factory workers are using blogs, Facebook, SMS and YouTube to organize, mobilize, and publicize their actions and grievances. Digital activism is very much a daily part of their movement. Even when the State Department notices actual activism happening, their interest and “support” can bring more harm than good. You see we notice how much the U.S. supports the “moderate” regimes that enjoy torturing us. And getting support from the same guys who finance the police, the military, state propaganda media and corruption is simply bad for an activist’s credibility (not to mention how most of us feel about the occupation of Iraq or the United States’ unconditional support for Israel). If the U.S. government is really interested in democracy in the Arab world, it should stop sending aid to the dictatorships, and just get out of the way.
From Thailand, CJ Hinke, the founder of one of the most active anti-censorhip groups since 2006, Freedom Against Censorship Thailand (FACT), draws the same conclusions in an e-mail conversation with me:
The U.S. government has been giving a lot of lip-service to Internet freedom. While they talk the talk, I’m not so sure they walk the walk. Walking the walk is about far more than simply budgeting millions for so-called anti-censorship activities. In Thailand, every NGO is funded from overseas and, to a certain extent, taking government funding from any government can undermine both credibility and autonomy. On the other hand, the US funds a lot of critically important voices such as Reporters Without Borders. There is almost no interests in funding Thai free speech efforts because, unlike Iran or China, Thailand is not seen as a major censor despite 210,000 websites censored during six months of martial law.
Nasser Weddady, from Mauritania, who serves as HAMSA-AIC Civil Rights outreach director, also blogged about the problems posed by foreign funding of Arab digital activism (see also Jillian York’s blog post) and has run a workshop on that topic during our 2009 Arab Bloggers Meeting 2.0 in Beirut. Nasser told me in an interview for this article that:
There is a serious credibility gap between the US government and other western governments stated policy of support for internet activism in the Arab World. For better or worse, these governments think they are sensitive to the needs of Arab cyber dissidents, Arab dissidents are weary of foreign funding’s impact on their credibility in their societies. This is not only due to the traditional themes of discontent with Western foreign policy, but also because in many Arab countries, receiving direct foreign governmental funding can lead to crack down by the very same governments that are in effect US allies : Saudi Arabia for example.
In whatever way, it seems that the U.S. officials are not completely aware of such concerns and grievances. During her aforementioned speech on Internet Freedom, Secretary of State Hillary Clinton declared that “on their own, new technologies do not take sides in the struggle for freedom and progress, but the United States does.” And I think we all know that the U.S. is taking sides in our region by backing our Arab autocrats and hereditary republics. We know as well how untrue the claim made by Jared Cohen when he said “we don’t have an internet freedom policy towards one country or another, we have a global internet freedom policy, we support efforts to get around politically motivated censorship globally. “
But my dear friend and colleague Oiwan Lam, a researcher and free speech activist from Hong Kong, has a different view than the one presented by Jared Cohen:
I think the U.S government is not reflective enough on internet freedom. Actually many of the bad practice started from the U.S. such as the over protection of copyrights, the monitoring of net users and compulsory IP logging under the pretext of terrorism. In her talk about net freedom, Clinton singled out China because of the Google hacking incident. It is indeed true that china is an authoritarian state and applies all measures to suppress online organization and speech freedom. However, by singling it out, it makes western country very hypocritical. Many democratic states are also extremely harsh in controlling online speech. South Korea is the first country to apply real name registration, Singapore sues whoever criticizes the government online defamation. And as I said the U.S government is also an origin of many malpractices. Similar to the U.S government, Google also single out China in its internet freedom campaign. For me the main threats to global users are copyrights, defamation charges, privacy protection, new monopoly model, the lack of transparency and accountability in taking down users content, etc.
- The online free speech space is already showing its hypocrite facet and the U.S involvement won’t make it a better place. Why?
- Activists and Free speech advocates in countries beyond China and Iran are receiving very bad signals from the global online free speech movement. The attention given by foreign governments, media outlets, research centers, circumvention tools providers/promoters and even online free speech activists to the sexiest countries engaged in Internet control and repression has dwarfed the attention to all other countries into almost nothing.
- Online freedom for all? not really!
- The hyped and ideological market of circumvention technology
For many, including the Obama administration, the 2009 Iran elections protest provided the first high magnitude event that showcased how technology can be used in face of politically motivated censorship and repression. This has been clearly reflected in Clinton Speech about Internet Freedom in which she honored Iran with seven mentions. The avalanche of media attention and hype that came about during the post-elections protest, while galvanizing a good portion of Western public opinion against the already hated Islamic Republic, has also created a new context in which almost anyone can market his “support” for democracy under the same umbrella of Internet Freedom. When established circumventions tools providers and promotors were prostituting their achievement in helping Iranian circumvent Internet filtering, many new entrants are claiming the same space, helped in that unethical mission by journalists, politicians and by the blatant silent from the field’s experts. After all, anticensorship efforts and the aggregation of online analysis and data during major events, like the Iranian case, are being perceived, at least by those who own the data and design the tools, as a powerful political lever and as prospective business. “The entire battle over the Internet has boiled down to a battle over resources said Shiyu Zhou, founder of the Falun Gong’s Global Internet Freedom Consortium which is behind Freegate, among other circumvention tools targeting Chinese Internet users. “Suppose we have the capacity to make it possible for the president of the United States at will to communicate with hundreds of thousands of Iranians at no risk or limited risk? It just changes the world. ”said Michael Horowitz, an advisor of the Global Internet Freedom Consortium. And in May, 2010, after years of lobbying campaign in Washington, the State Department took the decision to fund the Global Internet Freedom Consortium offering the group $1.5 million to provide software to circumvent Internet censorship.
This came about after many reports surfaced in the media suggesting that Freegate, which introduced a Persian-language version, helped prominently the Iranian Internet users access and disseminate information about the post-elections protests. Then came the news about the much-touted tool that according to careless media coverage, family connections, and an important award was determinant for Iranian dissidents to organize the post-elections protests and communicate with the outside world. A tool designed by a 26-year-old San Francisco hacker who didn’t have knowledge or interest in Iran’s affairs until the recent protests, seemed to have been successful in outwitting Tehran’s censorship machine.
Everything sounds good until you start searching for the keywords “Haystack“ and the Censorship Research Center. You will end up visiting two websites, with many donate buttons and claims but little to zero information about the tool and the researchers. While the website of the software does not offer any download link, neither does the Censorship Research Center website does not provide any research about censorship. Carrying the motto “Good luck finding that needle”, you’ll ended up searching for Haystack itself, but with no luck in finding it (read the comments here). Despite all this, and despite the fact that no one has ever tested the security of the tool, Austin Heap and his Censorship Research Center got the U.S. government to provide required authorization to export their anti-filtering software into Iran. “We are working to try to help information continue to flow freely into and out of Iran as well as within Iran. We have issued a license to a company with technology that would enable that to occur,”U.S Secretary of State Hillary Rodham Clinton said in March 2010.
Arash Kamangir, a very active Iranian blogger based in Canada who is analyzing the Persian blogosphere, was also curious to know about Haysatsk. He has been asking many Iranians on Twitter and Facebook whether they used the tool:
How can people from the outside help people who are caught up in these closed-down spheres become active. This question has an implicit assumption inside it; we, the outsiders, are going to respect the oppressed and are going to ask them what they need. Then we are going to evaluate our products based on what these users say about them. Have we done that? I am not familiar with Access Now, but I have frequently asked my contacts inside Iran using Twitter and other social networks and they have always, with no exception, told me that they have had no successful encounter with Hay Stack. To me that means Hay Stack is not working. This is in fact a modest conclusion, because I do not personally know any single Iranian who has actually been able to use Hay Stack. So, maybe rather than asking “Does Hay Stack work?” we should ask “Does Hay Stack exist?” And by that we certainly mean exist like “this desk exists” and not like “fairies exist”.
In an email interview for this article, Amin Sabeti, another Iranian active blogger agrees with Arash Kamangir’s remarks about Haystack: “Haystack has a very good cover by western media like the BBC (Persian and English channels) or some newspaper like Guardian, but I asked many people inside of Iran about it, but all of them (I mean 100%) answered me they just read and watched some news about Haystack and they never ever used it. I can conclude “Haystack” is not a tool, it is just a name.” Amin went further to voice skepticism about the U.S Internet Freedom policy towards Iran. “During the post-election protest, the U.S and other countries didn’t help in Iran. They just used the Green Movement like propaganda against Iran’s regime for their benefits. For example, U.S congress passed a law for helping Iranian people to bypass filtering and lifting sanctions to allow the downloading and using of their technology. But from October 2009, we didn’t see any action and in some cases like with sourceforge.net, Iranian users cannot download its software, even the open sourced ones. On Youtube’s project “Life In A Day”, Iranian people cannot participate and post their videos, simply because they are Iranian!“
Much has been written recently about Haystack which has led to what it seems to be a fiasco. “We have halted ongoing testing of Haystack in Iran pending a security review. If you have a copy of the test program, please refrain from using it,” said a notice on the Haystack website amid heavy criticism. And I just heard that Haystack’s lead developer and Censorship Research Center’s board members, Karim Sajad Pour, Abbas Milani and Gary Sick have resigned form.
Now, the hype is building around yet another successful circumvention tool. Called Collage, using steganography techniques, it will hide controversial messages in user-generated content. “As far as we know, Collage is the first anti-censorship system to store messages inside user-generated content (e.g., on Flickr, YouTube, etc.) such that a censor can block/corrupt some of this content and users will still be able to retrieve their messages,” Sam Burnett, one of the researchers behind the project. The researchers seem not to be aware of the crucial fact that most censors do ban Flickr and/or Twitter and/or YouTube and/or Facebook. Countries like Iran, UAE, Syria, Tunisia and China are already blocking access to more than one of these websites, if not to all of them. Also, if the social media websites that this tool will be relying on are not blocked yet, somewhere, this will give some “legitimate” excuses for censors to block them.
Both old and new circumvention technology groups, share with the U.S political class, media and research centers the same obsession with Internet filtering in Iran and China. Even Tor, the most respected security and privacy software which is getting some funding from the U.S Department of Defense and the State Department has joined the chorus of the hyped “helping the Iranians” access the Internet and published its initial data on what the Tor network is seeing from Iran: “Measuring Tor and Iran“.
In order to have a clear picture about the disparity in the level of coverage of Internet control in different countries by three major circumventions tools providers/promoters, I searched the Twitter timelines of Tor project, Psiphon and Sesawe, trying to find which countries are attracting most of their public attention and I found a quite relevant pattern:




While Haystack and Freegate are the kind of “ideological circumvention tools” openly targeting specific countries, mainly China and Iran (like many NGOs that have been created in the West since the 2009 post-election protest), it’s overwhelming clear that other circumvention tools providers and promoters, who claim to address Internet filtering globally, have their attention drawn towards almost the same countries. Sesawe, that presents itself as “a global alliance dedicated to bringing the benefits of uncensored access to information to Internet users around the world“, has followed its counterparts’ pattern in giving a preferential attention to Iran and China in disregard with what’s going on in other countries “where Sesawe matters“. Psiphon, the award winning anti-censorship technology, is giving much attention in the form of tweets to Iran and China too and has been promoting Psiphon proxy nodes via Twitter.
It is obvious to say that we do not expect to see the same attention or support against the mass wave of censorship that recently heat the Tunisian or the Bahraini Web. Even the mass Gmail phishing attack that targeted the accounts of Tunisian anti-censorship activists and Human Rights advocates has come and gone without any notice from our dedicated Internet Freedom “zealots”.
This, of course, does not mean that threatened bloggers and activists in Iran and China do not deserve that level of attention and focus. Every single blogger deserve to be supported and all suppressed voices need to be heard. The problem is in the preferential and unbalanced treatment that catches the attention as a significant portion of international media coverage of the threat posed to online free speech are focusing on two major cases, Iran and China. Which begs the question of why are Iran and China a higher priority for several major players than, lets say, Saudi Arabia, Bahrain, Vietnam and many other repressive regimes?
For bloggers and activists at risk living under U.S.-backed Arab regimes, this question is more than legitimate. But in the ears of the “policy-oriented DC crowd”, the mere fact we are asking this question sounds just like another conspiracy theory of yet another skeptical “angry Arab“.
Responding to my concerns that the U.S. Internet Freedom agenda is focusing much more on “sexy” countries like China an Iran while ignoring the online repression going on in Tunisia, Syria, Vietnam and many other less sexy countries, Bob Boorstin, Director of Corporate and Policy Communication at Google and former US government official, labeled my concerns as “paranoid”, while in the main time he recognizes that the U.S “pays more attention to countries with nuclear weapons than to those that don’t.”
So, when Bob Boorstin stresses the importance of “nuclear weapons” to explain why the U.S is focusing their Internet Freedom policy on certain countries than on the others, we all know what country he is referring to and why. What we don’t know is what this really has to do with the main topic of Internet freedom that Google is now aggressively adopting? This kind of statement from a Google director simply confirms the fact that it’s not about Internet Freedom but about a new geostrategic battle that is hijacking the online free speech field to push for U.S strategic interests.
In a Global Voices article published in April, 2007, I raised the issue of why some jailed and persecuted bloggers and digital activists are winning the sympathy of Western media, while others have difficulty attracting their attention. Since then, I do not think that this phenomenon, what some are calling a double-standard in defending bloggers and internet activists, is getting any better. Although we worked hard on Global Voices Advocacy with our collaborative mapping project to build a database of Threatened Voices (which by the way does not pretend to be exhaustive or to reference all threatened bloggers), we are still witnessing the same unshaken “selective compassion” reserved to some bloggers in selective countries with much more attractive media-bait than to the vast majority of repressed voices. The most recent example of blackout surrounding the crackdown on freedoms in Bahrain with the arrest of one of the most inspiring blogger and activist, Ali Abdulemam, is here to remind us of what kind of policy the U.S is reserving to liberal Arab grassroots activism in the context of its support to the Bahraini regime, which hosts the U.S. Navy’s Fifth Fleet. For now, the Obama administration is very busy with the largest US arms deal ever with the neighboring Saudi Arabia. A 60 billion Dollars deal will make it almost impossible for the U.S to voice its support for the activist when Saudi Arabia and the other members of the Gulf Cooperation Council are backing Bahrain in its crackdown on the opposition.
Just look at the number of op-eds in the U.S. and Western media covering the crackdown on Iranian and Chinese bloggers and activists and compare that with the lack or the under-coverage reserved to Arab bloggers and activists from allied states. Also, the number of awards that have been given to Iranian activists and bloggers since the 2009 disputed elections is amazingly high. In March 2010, at the occasion of Reporters Without Borders World Day Against Cyber Censorship, David Drummond, Google Senior Vice President who supported the “Netizen Prize” with Reporters Without Borders, declared during the prize-giving ceremony that awarded the women’s rights blog we-change.org that Iran and China pose “the most systemic risk and the most immediate risk to individuals” by cracking down on online dissent.
And even if China and Iran are truly indexed high on our Threatened Voices platform, it is also quite clear that the most repressive region is the Arab World with 41% of the recorded cases of threats towards bloggers and activist. Ironically enough, most of the politically motivated arrests of bloggers and digital activists are taking place in U.S.-allied Arab countries.

Nasser Weddady, who has been involved in many campaigns to free persecuted bloggers in the Arab world, commented on this subject by saying that:
Arab activists have been using internet-based tools to demand democratic reform in their societies for the last 5 years-at least. This has led many bloggers, activists, and journalists to be tortured or sent to jail by their governments. It is a misnomer to expect Arab activists to trust Western (US or otherwise) funding or motives when Western governments are too often silent when they (the activists) are being persecuted by their governments.
- Governmental involvement is too risky for digital activists. Why?
In sum, there are many other reasons to be skeptical about the prospects of the US involvement in support of Internet freedom under authoritarian regimes that can cause a huge damage to that same freedom, thereby achieving the opposite results than the “well-intentioned” and proclaimed ones.
- Risks for grassroots activists
I will start this paragraph with two anecdotes.The first: Before and during the protest that followed the controversial Iran election of June, 2009, two U.S government grantees ran what is called “Iran Program” aimed to train Iranian bloggers and activists on Internet security, circumvention, digital activism and advocacy. During these two workshops, they brought about 12 young activists from inside Iran to a city in Europe where I attended one of the workshops as trainer. Since the second workshop that took place during the protests, at least 3 out of the 12 didn’t go back to Iran for security reason, one was arrested in Iran and then managed to run out of the country to Europe where he/she is seeking asylum. The second: one day before the anti-censorship rally in front of the Tunisian Ministry of communication technologies that was planned to be held on May 22, 2010, to protest the Internet filtering policy in the country, a female blogger and journalist, and assistant professor at a university of Tunis was arrested and investigated for seven hours. She was questioned about her online activities, her relation with Tunisian bloggers and journalists and her trips abroad. She was also questioned about her relation with the U.S embassy in Tunis and was informed that her attendance of a three-day workshop for North African bloggers that was held in February 2010 in the Moroccan city Rabat and funded by Search for Common Ground (SFCG), a non-governmental organization based in Washington DC, could be perceived as espionage and lobbying foreign bodies, an act which, according to the newly adopted amendment to Article 61bis of the Penal Code that criminalizes contacting “agents of a foreign power to undermine the military or diplomatic situation in Tunisia”, could be punishable by up to 20 years in prison, with a minimum sentence of five years. Curiously enough, on January 21, 2010, exactly four months before her arrest, the same female blogger was invited, amongst several other Tunisian bloggers, by the U.S. embassy in Tunis to follow Hillary Clinton’s speech “Remarks on Internet Freedom”. The blogger, who attended that meeting, was open enough, and may be naïve enough, to have written about it on the Tunisian Weekly Tunis Hebdo.
The same trend is happening elsewhere. From China, to Burma, to Tunisia, to Cuba, to Egypt, to Zimbabwe, both U.S government grantees and non-U.S government grantees are being financed and sometimes created from the ground up to run programs or support initiatives targeting bloggers and activists living under authoritarian regimes. An increasingly important database of activists names, contact information and affiliations is being build, aggregated, mapped and sometimes shared between tens of governmental and non-governmental bodies in a clear and careless violation of privacy and confidentiality. One can imagine the risk that would involve this kind of data aggregation for the on-the-ground activists if one day it falls into the hands of any of the eager authoritarian regimes. A Palestinian bloggers who attended our Arab bloggers meeting in Beirut in 2008, has been arrested in his way back to the West Bank by the Jordanian Security services. He has been investigated for hours about the meeting and he has been forced to hand over the program of the meeting, and the names of the attendees. The same incidents happened with activists from Syria, Tunisia and Egypt. The last one, one of the most repressive regime towards bloggers and activists, has even made of investigating and confiscating bloggers’ electronics devices (i.e: cellphones, laptops, flash drives) from an almost daily practice at the Cairo international Airport and TrueCrypt and other tools and techniques of data encryption on which activists and bloggers are trained won’t be of any help in front of torture, detention, and the fabrication of charges.
- Brutal alteration of the digital activism field through money and foreign agendas
The other downside of this has been an unprecedented mushrooming of new NGOs and research centers that are hungry for money under the prospects of the huge amount of funding allocated by the U.S. and other Western governments and donors with the noble aim to better understand and support digital activists and bloggers in closed societies. The informal, decentralized and generic nature of native digital activism is being altered by the mechanism of funding and its bureaucratic procedures with a final result of 1) turning the good and talented activists into powerless social agents and bureaucrats spending their time in writing proposals and reports instead of being active. 2) Recruiting a horde of charlatans who are claiming to be “activists” but are out there to make a career for themselves with zero interest in activism or in the struggle for human rights. And as more dollars pour into this field, the high risk of alienating digital activism most vibrant pioneers from its base of supporters will ultimately occur. What we don’t want to see is a vibrant digital activism trading money for credibility and losing its legitimacy due to the sources of funding. On the other hand, as more foreign money flows, native digital activism will innovate less or will innovate to only impress western attention and not to have a real impact on the grassroots level. Nasser Weddady, the U.S-based Mauritanian blogger and activist, echoed similar sentiments:
A potential pitfall of Western interest in Arab internet-based activism is the belief that tools and technologies are per se going to change the harsh realities of the Middle East as a civil rights desert. Any amounts of funding will not significantly alter the fact that as long as online activism is NOT translated into real world actions, funding will only be a poisoned gift to Arab activists. Their credibility will be undermined, their otherwise positive entrepreneurship will be wasted once foreign support dries up after a predictable disappointment due to their inability to deliver any tangible results.
Everyone who is familiar with the Arab world and the so-called broader Middle East, know the sensitivity of foreign funding, not only in the eyes of local regimes but also and most importantly in the eyes of the masses. Foeign money delegitimizes political and social activism. And once delegitimized, activism cannot influence social and political changes and cannot be supported by the rest of the society. Also, all those who are knowledgeable about the digital activism field in the Arab world know that the most effective initiatives are the ones that are not funded by any NGOs and rely entirely on the personal and voluntary-based efforts. In sharp contrast with the former, the new funded digital activism initiative is the less successful. In the Arab world, we are already witnessing how foreign funding is altering digital activism into political marketing and business. More fancy websites that focus on the aggregation of content around sexy topics (i.e: youth, gender, minorities, LGBT, interfaith dialogue), cool mashups, slick badges, dominance of the English language at the expense of local languages, good communication channels with the West, Western big media and the NGO crowd at the expense of local rooted communication channels with the masses and local activists. This shift could affect the inner nature of the digital activism movement in the Arab world. An activism which does not arise anymore out of necessity to address local needs that are rooted in its native context is no longer activism, but a digital activism businesses.
An activist who loves to invest his or her personal money to pay his hosting and spent most of his free-time in experimenting, coding and implementing projects won’t be the same anymore once he get paid to do the same job. Money has always corrupted activism. When you look at the outcome of the decades-funded work of traditional NGOS in the Arab World you will understand that the same will happen with the activism 2.0. Corrupted elite, without any kind of support by the rest of the society, completely disconnected from the masses, with poor to inexistent impact on the democratization process and a zero effect on the civil and political liberties.
This is not to say that digital activism in the Arab World is not facing financial challenges. But the challenges of being affiliated with the U.S government grantees are much greater. In order to gain not only acceptance of the ideas of change but also support in their own society, digital activism in the Arab world needs to remain independent and try to solve their financial problems at the grassroots level. But Nasser Weddady from Mauritania remains optimistic about the future and the potential of what he calls the “Arab activism 2.0″:
Overall, I remain optimistic because a new generation of cyber activists is slowly emerging and filling in the footsteps of the pioneers who opened the road for them. In my opinion, campaign like the #Khaledsaid campaign in Egypt, or the Sayyeb Sale7 in Tunisia that were developed entirely by individual activists with a vast array of skills show that we have yet to see the full potential of Arab activism 2.0, in fact, I believe these campaigns show that internet-based activism in the Arab World is maturing and is no longer the strict domain of a small elite with foreign-language skills and connections.
- Hyper politicization of the Internet and the blogosphere
The politicization of cyberspace is a choice that has to be made by local activists themselves and not by the Washington DC politicians or the Silicon Valley corporates, such as Google. Transforming bloggers into cyberdissidents means putting them under a greater persecution risks. The mass trial in Iran following the 2009 elections protest is there to remind us all that the U.S and Western official involvement and even the hijacking of the legitimate democratic aspiration and struggle of the Iranian people can be very harmful in two ways: 1) the risk of alienating the movement’s base by giving more arguments to the regime to prove that the dissents are working in collusion with the U.S interests. 2) the risk of legitimizing the persecution that will follow. Two major risks that the U.S policy-makers do not seem to have taken seriously into account. A particularly relevant example of the kind of potentially dangerous politicization and hijacking of Arab digital activism is the cyberdissidents.org “organization”. Their about page tells us that “bloggers and internet dissidents in autocratic Middle Eastern countries are already at great risk. We believe that the West has a moral duty to stand up for these brave dissidents who are our greatest allies.” And former US ambassador to the European Union, Kristen Silverberg, has reportedly described CyberDissidents.org as “the leading organization in the world principally devoted to online democratic dissidents.” Despite the hype and the media coverage that CyberDissidents.org has gained, especially in Washington, it’s hard to believe that an organization which has been launched in 2009 can become a leader in defending online democratic dissidents in our region. Secondly, the project offers another kind of challenge as many Israelis and U.S politicians with a strong anti-terror background and linked to the security services in the U.S and Israel are the main architects of these projects and sit in its board. The project itself is an initiative of Foundation for Defense of Democracies (FDD), a neo-conservative institute based in Washington, and founded two days after 9/11 attacks. Even the American Conservative accused the FDD of “being funded mainly by a small number of pro-Israel hawks” and described by the Christian Science Monitor as one of the “top neocon think tanks”. The far right-wing politician Nathan Sharansky, who served as Minister for Israel in different departments in Likud governments is the Chairman of CyberDissidents.org. David Keyes a former assistant of former Israeli ambassador to the United Nations (U.N.) who served in the Strategic Division of the Israeli army is specialized on terrorism is CyberDissidents.org director. Daveed Gartenstein-Ross, a counter-terrorism expert from Washington
So when the CyberDissidents.org describes threatened Arab and Iranian digital activists and bloggers as “our greatest allies” it’s very normal that this will harm the ability of these activist to achieve their goals in a regional context marked by strong and legitimate anti-Israeli feelings. Second, CyberDissidents.org is not only using the sacrifices that the on-the-ground activists are making and capitalizing on that in Washington, but they are exposing activists to a great risk of being labeled pro-Israeli. And we really have to wonder if those activists who are now listed and showcased on the CyberDissidents.org website want to be featured there.
Curiously, when a number of activists from the Arab world started using twitter to protest the hijacking of their cause by the right-wing Israeli CyberDissidents.org, we’ve seen a an absurd and naive response from an advisory board member, the Egyptian American Saad Eddin Ibrahim, the same who is now backing Gamal Mubarak’s father-to-son presidential succession, turning the arguments of CyberDissidents.org opponents into a caricature and simplistic religious conflict:
A small group of activists in the Middle East have attacked CyberDissidents.org because some of its members are Israeli. I serve as an advisory board member to this marvelous organization and I am saddened by the attacks on it. CyberDissidents.org promotes freedom of expression in the Middle East, a cause which people of all faiths and nationalities should support. Alongside me on the board of advisers and staff are Sunnis, Shiites, Jews, Iranians, Jordanians, Syrians, Israelis, Sudanese, Canadians, Russians and Americans. If peace is to come to our troubled region, it will be through inclusion, tolerance and understanding, not disqualifying certain people because they happen to belong to a certain ethnic or religious group. I applaud CyberDissidents.org for its tireless advocacy of democratic dissidents.
It is thus up to digital activists to opt for a politicization of their activism depending on their own agenda and context, not those of Washington DC. With their own determination to invest time and money, digital activists in the Arab world are building and sharing their own experiences and knowledge, their own construction of their own culture of social change and by that engaging themselves in getting political power through their own native activism initiatives.
- Risks for grassroots activists
Conclusion
For digital activism in the Arab world to achieve its noble aspirations, it must remain independent and homegrown, tapping its financial, logistic and moral support into the grassroots level or try to seek a support from neutral parties that do not push for any kind of political or ideological agenda. Of course, this does not mean we should be completely disconnected from the global digital activism experience that we need to understand, interact with and learn from. At the present time, we urgently need to resist every governmental attempt to hijack or politicize our space, publicly denounce it and make sure that we are making informed decisions, rather than naively accepting ideologically tinted Internet Freedom funding and support.
If the U.S. and other Western governments want to support Internet Freedom they should start by prohibiting the export of censor wares and other filtering software to our countries. After all, most of the tools used to muzzle our online free expression and monitor our activities on the Internet are being engineered and sold by American and Western corporations. The other problem is that the U.S. and other Western governments are not challenged from the inside about their policy. Our U.S. free speech advocates and dear friends should put more pressure on their own government to halt the export of this kind of tools to our regimes instead of lobbying for more money to help build yet another hyped circumvention tool or support dissidents topple their regime.
Google, instead of using the same mantra of Internet Freedom and instead of cocooning itself in the ideological echo-chamber of the U.S “21st-century statecraft”, should roll out more tools or improve the old ones to help strengthen the digital activism field. I have always advocated for a default https for every blog on Blogger.com. I also called on Google to provide activists groups in countries blocking access to YouTube with alternative IP addresses that enable them to interact with YouTube API without fear. Talking about the U.S private sector companies role in supporting Internet Freedom, blogger and activist Alla Abd El Fattah , point out that the best they should do is to continue on developing a free, neutral and decentralized Internet:
If the U.S companies and non profits want to support democracy in the Middle East the best they can do is continue to develop a free neutral decentralized internet. Fight the troubling trends emerging in your own backyards from threats to Net neutrality, disregard for user’s privacy, draconian copyright and DRM restrictions, to the troubling trends of censorship through courts in Europe, restrictions on anonymous access and rampant surveillance in the name of combating terrorism or protecting children or fighting hate speech or whatever. You see these trends give our own regimes great excuses for their own actions. You don’t need special programs and projects to help free the Internet in the Middle East. Just keep it free, accessible and affordable on your side and we’ll figure out how to use it, get around restrictions imposed by our governments and innovate and contribute to the network’s growth.
Oiwan Lam from Hong Kong recommends the same advices. For the business sector, Oiwan suggests that the U.S companies, like Google, should avoid turning the circumvention into guerrilla war:
The development and promotion of circumvention tools is more or less under the imagination of the cold war rhetoric of the GFW (like Lokman Tsui has pointed out in his thesis). I think we need to have more decentralized and sustainable approach to help people in different situation to get access to the Internet. For example, we can encourage universities to provide their partner university students’ in less open societies VPN access or online proxy access. For online activists, they may need more sophisticated tool. For the business sector, commercially run VPN providers will probably be more effective. Instead of turning the circumvention into a guerrilla war, it is better to embed the tools into people’s daily life and work setting.
September 05 2010
Free Blogger Ali Abdulemam
Ali Abdulemam is a leading Bahraini blogger and Global Voices Advocacy author, and founder of Bahrain’s popular BahrainOnline forum. He a pioneer among Arab activists, using the internet to militate for peaceful reform. He inspired many young Bahrainis and Arabs to use the internet to express themselves and engage in spirited debate. Ali was arrested on 4 September, 2010 by the Bahraini authorities amidst a major crackdown on the country’s opposition. Ali is married with three children two baby girls (twins) and a boy. This blog is part of the Campaign to Free Ali Abdulemam.
On February 27, 2005, he was arrested by the Bahraini authorities because of messages posted on BahrainOnline that are critical of the ruling regime. The following day two more moderators of BahrainOnline were arrested: Mohammed Al Mousawi and Hussain Yousif.
August 31 2010
August 30 2010
August 29 2010
August 28 2010
August 27 2010
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